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 Les Ecrits d'une vie.

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Silk
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MessageSujet: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:16

Chapitre 1 : Seulement toi.


Un peu de moi.

Un siècle que j’erre sur la terre de Vesperae à la recherche d’un semblant de justice et d’harmonie. Pourtant, j’ai beau me tourner et me retourner, je ne l’ai jamais trouvée.
Où que mon regard se pose, je ne vois qu’une simple illusion de paix maintenue par des hommes en armures, armée d’épée et portant fièrement leur blason.
Triste réalité que voila car il est vrai qu’il n’existe pas une justice mais bien plusieurs justices, chacun pratiquant la sienne sans soucis pour autrui et croyant agir pour le mieux.
Tous aveuglés par leur orgueil…

Moi, Saath, Elfe Noir de par ma nature ne peut que contempler le désastre d’une utopie de paix. Souvent critiqué de par ma nature, je ne peux que secouer la tête de dépit et regarder le monde sombrer, avec le sourire aux lèvres, dans le trou le plus infâme.

Quoi que je puisse dire, quoi que je puisse faire, je suis renié de part ma nature et ma force précaire ne m’est d’aucune utilité dans ce monde où la barbarie prévaut et où la taille d’un muscle vaut bien mille raisonnements élitistes.
De toute façon, à quoi bon tenter de lutter contre cela ? Un seul être vivant pourrait-il changer quoi que ce soit ? J’en doute aussi.

Et pourtant force m’est d’admettre que le désir de tout changer brûle en moi… mais ma faiblesse ne me le permet pas. J’erre seul depuis tant de temps que la seule notion d’amitié m’est devenue inconcevable, telle une émotion depuis longtemps enfuie en moi et si profondément ensevelie que je ne pourrai plus jamais la retrouver.
A l’époque si douce de ma plus tendre enfance, j’ai eu cette chance d’avoir des êtres proches à mon cœur tout près de moi mais le temps m’a rendu infortuné depuis.
Je ne suis pas autonome : je suis contraint d’être seul et cela me pèse énormément sur le cœur.
J’aimerai tant pouvoir fréquenter du monde et me lier d’amitié mais…je crois avoir tout oublier de cette étrange coutume…


Mais peut importe, je ne suis pas grand-chose en ce monde et peut vous importe mes problèmes car vous ne savez pas qui je suis…et moi non plus.

Je cherche encore.

A chacun sa justice, Saath.
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Silk
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:17

Hommage à Gathol.


Je revois encore l’averse s’écoulant,
Le long des murailles sous le soleil couchant
Là où auparavant je regardais au loin,
Et là m’émerveiller de la joie d’être tien,

Où la joie de vivre m’apaisait encore,
Où je pensais à toi sans aucun grand remord,
Autre que celui qui me faisait comprendre,
Que bientôt, très bientôt tu serais de cendres,

Puis éparpillées sur les bûchers du temps,
Me laissant sur le cœur cette larme de sang,
Ne cessant de couler sur la douleur d’antan,
Je souhaiterai revoir le flot de vie dansant…

Comme tu me manques, mon ancienne vie,
Sous ce toit que j’aime et que jamais n’oublis,
Mais cessons maintenant, noyons nous dans l’alcool,
Ce poème est pour toi…ma bien aimée Gathol.

J’ai tout perdu ce soir là, mais tu resteras là, juste là…

Saath
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:17

Tout s’arrête.

Ce jour là était beau. Je me souviens encore de la senteur de l’air, douce et pure comme si le monde venait de naître à nouveau.

Toi, tu étais là, à mes côtés, comme d’habitude. Souriante, radieuse et jolie. Ton sourire éclairait mes nuits et le jour tu gonflais mon cœur d’amour. Jamais, aussi loin que je me souvienne, je n’ai été plus heureux que ces jours-là où tout nous était permis…

Il faisait beau dans ton village, non loin de ma très chère Gathol. La clairière dans laquelle ce petit coin de vie se trouvait était éclairée par un fin rayon de lumière prometteur d’une journée sans faille, d’une journée parfaite et pleinement heureuse.
Comme elle le fut ! Tu étais là, tout contre moi et nous mangions ces baies que tu adorais entre toutes. Les fins rayons de soleil filtrant entre les arbres jouaient sur ta fière toison d’or.
Tu étais ma fierté, la seule qui m’a fait me sentir quelqu’un entre tes bras, juste sur ta peau laiteuse et si douce…
Puis, tu m’as regardé avec tes yeux d’amande, de cette manière si provocante et j’ai de nouveau fondu d’amour pour toi, comme à chaque fois que je te regardais…comme si je te voyais pour la première fois.
Mais quand t’ai-je vu pour la première fois, quand ai-je appris à t’aimer au fil des jours, comment m’avais-tu capturé dans tes filets de plaisir ?
Cela remonte à tellement longtemps…comment pourrais-je m’en souvenir encore…je t’ai aimé de nouveau à chacun de nos rendez-vous, je retombais amoureux chaque fois que mes yeux indignes t’effleuraient seulement.

Puis la nuit est tombée et après nous êtres séparés par une dernière étreinte et un dernier murmure d’amour, je suis reparti vers ma patrie, ma fière citée.
Quelques pas seulement et je fus plaqué au sol sous l’onde de choc.
Je me suis retourné, j’ai couru et je n’ai pu que voir la fin d’une partie de ma vie.
Partout tes semblables courraient pour sauver leur vie mais moi je courrais pour sauver la tienne, si je le pouvais encore. Je ne voyais rien d’autre que les restes branlant de ta maison, peut m’importais et peut m’importe toujours ce qui s’est passé cette nuit-là : il n’y a que toi qui comptait et qui compte encore.

Sous les décombres de ton ancienne vie, je t’ai retrouvée. Ta peau si pâle et délicate avait perdu toute sa joie de vivre, mais tes traits ont toujours été les mêmes. Tu avais toujours ce sourire que tu avais en me quittant quelques minutes auparavant.
Et comme avant, j’ai baisé tes lèvres encore chaudes de vie et adoucie par l’amour, bien avant que la mort te reprenne tout ce que j’avais pu te donner de mon cœur car à moi, elle m’avait déjà tout pris.

Me venger ? Ne me fais point rire ma douce, je n’en suis pas capable et de toute façon, à quoi bon ? Leur mort ne te rendra pas à moi.

Je ne sais plus où je t’ai enterré mais peut importe, ce n’est pas ton cadavre que je souhaiterai revoir. Qu’est-ce que cela changerait que je pleure sur tes restes alors que ton âme à toi est déjà si loin ? Même ton nom m’est devenu étrange car je ne l’ai plus jamais prononcé…alors pardonne moi de ne pas même l’écrire car je ne ferai qu’ouvrir de nouveau la plaie avec la pointe de ma plume.

Et encore plus, pardonne moi d’arrêter de parler de toi car mes yeux, déjà, n’y voient plus rien et la gorge me fait mal. Laisse moi oublier combien je t’aime, s’il te plait…

J’aurai préféré que tu ne m’aimes plus, afin que je puisse te haïr, te détester et te maudire mais que toujours tu sois là, juste à côté de moi.

Oui, j’aurai préféré que tu ne m’aimes plus.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:18

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.


« Combien de temps suis-je ici, dans cette chambre froide et solitaire ? »

C’est ce que je me demandais ce matin là, alors que l’aube se levait. Je ne savais pas, je ne savais plus. J’ai arrêté de compter les jours depuis que je ne les passais plus avec toi.
La tête encore lourde de désespoir et le cœur ne battant plus qu’à moitié, je sortis enfin de chez moi.

Des jours, des mois, des années ? Peut-être bien. Je ne reconnaissais plus rien d’autre que les endroits où j’ai été avec toi.
Cette chambre que j’ai quittée, c’est la même où nos corps se sont avoués leur amour, bien après que nos cœurs l’eurent fait.
La lumière du soleil levant m’éblouit, me fait mal, me perfore, s’infiltre au plus profond de moi. Qu’il est bon de se sentir vivant, même sans son cœur.

Je marchais doucement, profitant de chaque recoin d’où les souvenirs émergeaient. Des souvenirs de toi et moi. Là, dans cette rue, un baiser passionné. Ici, dans ce magasin, un fruit partagé sur tes lèvres aux saveurs exotiques. Sur ce banc, une tendre après-midi passée au creux de bras, notre amour béni par le soleil. Et cette place là ! Des vœux échangés…un avenir heureux.

Gathol n’est plus la même désormais…et elle ne le sera plus. Elle est devenue le sarcophage de ma peine, le cimetière de notre vie ensemble. Ici et là, je viens poser des fleurs imaginaires en souvenir de toi, en souvenir de nous.
Quelques heures se sont écoulées. Il bruine. C’est à croire que le ciel pleure pour nous, prenant mon relais car moi, je n’en ai même plus la force.
La fine pluie se change en averse, elle me déleste d’une partie de mes souffrances, elle lave mes os endoloris d’amour. Je suis sur les murailles, là où j’aimais tant penser tranquillement à l’avenir alors que les derniers rayons de soleil me caressaient.
Aujourd’hui je n’ai droit qu’aux larmes des cieux qui s’ajoutent aux miennes et disparaissent ensemble, ne laissant sur terre pas même une trace…
Je ne pense plus à l’avenir ici, tout au dessus du monde : je ne pense plus qu’à toi.

Car avec toi j’ai vécu un amour de rêve.
Car sans toi, je vis un amour en rêve.

Journée sombre que je méprise, annonciatrice de la fin de tout.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:19

Engagement.

Il faisait sombre. La nuit tombait mais la lune glorifiait le monde de ses rayons, baignant la voie lactée de ses rayons enchanteurs.

Sous cet astre, marchait une forme solitaire, encore lointaine à l’horizon.
Elle avançait péniblement, semblant très faible bien qu’une détermination sans faille traduisait la cadence de ses pas.
Cet ombre sous la lune était animée d’une envie à la fois simple et terrifiante : celle de survivre. Son passé s’est depuis longtemps perdu dans les méandres de l’Histoire.
Certaines parties de sa vie, il ne les avouera jamais. D’autres, il les écrira.

En effet, cet sombre personne maintenant un peu plus proche sur la ligne d’horizon souhaiterai trouver quiétude dans un lieu apaisant afin d’y reconstruire l’histoire de sa vie détruite par le destin et aussi gagner sa vie pour subvenir à ses besoins.
Par deux fois, son cœur s’est brisé et par deux fois, il a recollé le peu de morceaux qu’il a pu retrouver.
Nul besoin de se voiler la face, il s’agit bien ici d’un être détruit.

Ha ! Tiens on peu déjà mieux l’apercevoir du haut du rempart !

Tout empêtré dans sa cape bien trop grande pour lui, il semble également fragile ou plutôt….affaibli par des années de peine, de douleur.
Il n’a pas d’armes…serait-il fou ? En ces temps de troubles, peu de gens s’aventureraient sur les chemins sans au moins un poignard, n’est-ce pas ?
Chercherait-il la mort ? Où l’a t’il déjà trouvée ?
Quel bien étrange spécimen que voila !

Regardez…oui, oui…il est très proche désormais.
Ho mais, regardez ses oreilles qui dépasse ! Serait-ce une elfe venu d’une quelconque lointaine contrée ? Difficile à déterminer, même avec la lueur des torches et celle de la lune, sa capuche le masque entièrement. Pire encore, il semble environné d’ombre…
Il semble attendre qu’on vienne lui ouvrir. Le garde lui ouvre et…dégaine son épée ?
Pourquoi donc ? Qu’a fait cet étranger pour mériter pareil accueil ?
Il lève les mains, en signe de paix et montre qu’il n’est pas armé. On dirait qu’il veut rentrer pour parler. Sous escorte (bien qu’après de nombreuses réticences), on le laisse entrer.

Dommage que je sois de garde cette nuit, j’aurai bien aimé savoir qui il est et ce qu’il vient faire ici, si tard dans la nuit.



Ils me regardaient tous comme un animal, une bête de cirque.

« Quoi, un de sa race, ici ? Mais quelle injure à Donblas ! »

Ca me rappelle que je devrai faire un écrit sur les Dieux de ces jours-ci…après avoir fini de parler de toi.

Mais pour l’instant, on me regarde, on me dévisage, je les dégoûte, je les surprends
Un responsable de la garde vient me demande la raison de ma venue.
J’explique.
Il ne me croit pas…

« Vous seriez venu pour vous enrôler ? Vous un elfe noir ? Mais vous plaisantez ? »

Je lui dis que non, que j’ai besoin d’argent, que je ne suis pas un voleur ni un meurtrier.
Il me regarde, le sourire mesquin d’un homme qui me regarde comme une limace au coin des lèvres.

Je vais voir ce que je vais faire pour « quelqu’un comme vous … »

Je dis grand merci mais au fond de moi, je me dis que je ne suis pas à ma place ici.
Je ne veux pas être soldat, je ne suis pas fait pour ça, j’essaierai de m’arranger.
J’en ai besoin. Je veux écrire ma vie ici, au chaud, protégé par un semblant de paix, pour te raconter encore, pour expliquer au monde, pour vivre dans le passé sous la protection du présent.



Sous la lune je suis venu me présenter à eux.
Méfiance et Haine m’ont accueillis. Cependant, voyant mon état d’épuisement et le fait que j’étais sans armes, on me laissa entrer là où aucun autre avant moi n’avait franchis le seuil si ce n’est pour y rejoindre les geôles.

Nous discutâmes jusque tard dans la nuit.
Pourquoi suis-je ici ? Pour la même raison que tout ceux qui sont venus avant moi.
« Vous êtes le premier de votre race qui ose… » Oui je sais, merci.

Mon choix était fait, j’avais besoin d’argent, besoin de vivre, besoin de survivre et ainsi vaincre le présent et l’avenir pour mieux reconstruire mon passé.
Ils doivent vraiment manquer d’hommes, je pense, car même moi, j’avoue être surpris que je sois accepté.
J’ai fait la connaissance de quelques personnages, quelques hommes encore debout à cette heure tardive. Ils ne semblent pas méchants mais je suis une nouveauté à leurs yeux, une bête venant de quelques contrées mystérieuse, une exception à la race.
Je suis le premier mais ça ne chatouille pas mon orgueil. Je fais ça pour toi et pour elle, pas pour mon profit ni même pour en retirer une gloire quelconque.

Ca y’est, je suis comme tout le monde…à part deux ou trois détails.
Je porte le blason. Fière et rugissant, ce roi des animaux. Quelle douce ironie des hommes…Symboliser leur puissance par un animal…mais la plupart des hommes ne sont pas des animaux : ce sont des bêtes.
Le sont-ils seulement avec moi ? Je ne sais pas. Mais après tout, je les comprends. Mes semblables les ont fait souffrir et ils ne font que répondre à cela.
C’est étrange quand j’y pense…je suis le premier à être de côté-ci de la bataille. Non pas par conviction morale mais bien pour une fonction utilitaire…mais tout de même !
Je ne sais pas comment ceux de l’autre camp réagiront s’ils viennent à me voir.
Je ne sais même pas comment ceux de mon propre camp réagiront…
Je vis en quelque sorte dans l’incertitude la plus totale.

Et voila. Je suis devenu un homme de fer portant farouchement sa plume de métal pour écrire l’histoire du monde en lettre de sang.
Quelle métaphore ridicule…je m’étonne de moi-même.
Je suis comme tout les autres et je dois m’y faire maintenant, seules mes oreilles et ma peau sombre me rendent différent de la masse. Mais peut me chaut, on ne me verra plus maintenant que je suis dans les rangs car je ne suis qu’une cible de plus, point.
Je suis devenu un pion. De mon côté, une main me soulève. Sur quelle case vais-je atterrir ? Celle-là ? Non. Celle-là alors ? Possible. Je me contente d’être un pion et d’aller où on me le demande sur un échiquier tellement immense que je ne perçois aucun des bords.
Ridicule pièce de marbre au cœur palpitant ballottée un peu partout, en diagonale, sur le côté, en avant…sans aucune raison ni logique apparente.
Qui me contrôle et contre qui dois-je lutter ? Je vous avouerai que je m’en fiche royalement. (étrange adjectif qui convient bien à la situation je trouve…deviendrai-je ironique ?)

Enfin ma douce, je suis un soldat désormais. Je suis nourri, je gagne ma vie ou ce qu’il en reste…et tout ça je le fais pour toi, pour ton souvenir, pour notre amour.
Je ferai en sorte de vivre assez longtemps afin de réécrire notre histoire et qu’ainsi mes mots silencieux te donnent l’immortalité que j’ai été incapable de te donner.

Laisse moi maintenant le temps de m’installer en ces murs et de faire connaître au monde mon histoire afin que je puisse prendre ma revanche sur ta mort.
Je te le promets, je défierai la nature elle-même.

Personne ne t’a connue.
Mais personne ne t’oubliera.

Une promesse faite à un fantôme, ce soir alors que la lune éclaire ma nouvelle vie.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:19

Gathol.


Tu étais moins belle depuis que je ne te voyais qu’avec une moitié de cœur.
Pourtant, je t’aimais toujours, je n’ai jamais cessé.
Aujourd’hui je regrette de ne pas avoir apprécié les derniers moments de ta vie.

Je me souviens…

Tu te dressais fièrement derrière tes remparts infranchissables, comme une insulte au monde entier, tant ta beauté était grande.
Ton nom, Gathol, était synonyme de joie sans limite, un appel à la grâce divine, une douceur qu’on laisse couler sur la langue et qu’on n’avale jamais de peur d’en perdre la saveur.
Tes fanions flottaient sur les toits pointus tout là haut dans le pays des colombes, allant jusqu’à dépasser les arbres les plus arrogants. La majestueuse avenue que l’on devait suivre pour se rendre à toi donnait déjà un avant goût de toute ta noblesse.
Puis, lorsqu’on passait l’immense portique, tes bâtiments aux reflets si doux nous accueillaient comme une mère. On prenait plaisir à marcher le long des sentiers sinueux qui composaient tes veines et on se surprenait parfois à tomber sur une place au centre de laquelle une fontaine donnait au monde toutes ses richesses.

Ce jour là ressemblait aux autres. Ce jour là était beau, même pour quelqu’un comme moi.
La ville était grande, trop grande…il fallait beaucoup de temps pour qu’une information circule partout…à temps.
J’étais assis sur un banc d’une place dont je ne me souviens plus du nom. Il y avait là un couple qui partageait son amour avec tout le monde, me crevant le cœur par la même occasion…pour moi la flèche de cupidon avait visé juste, mais elle n’avait fait que toucher, rien de plus. Il y avait aussi d’autres personnes, beaucoup d’autres…mais les seuls visages dont je me souviens sont ceux de ces deux petits enfants, jouant près de la fontaine.
Il faisait chaud. Je crois qu’ils étaient frères, ils jouaient à un jeu tellement amusant que même moi j’en avais le sourire aux lèvres. Il était tellement bon de voir de la joie autour de soi.

Ils avaient soif, tout transpirés par leur jeu, ils avaient décidés d’aller se désaltérer près de cette fontaine si attrayante. Comment était-elle déjà…Ha oui, je me rappelle ! Je pense que c’était une représentation de Zandaros, le dieu des eaux : quel manque d’originalité…
Bref, les deux bambins…ho bon sang je revois encore le premier prendre de l’eau, les mains en coupe et la porter à ses lèvres tandis que le second y plonge sa tête entièrement…
Ils se regardent, ils sourient, pour la dernière fois. Leurs yeux se croisent et chacun voit son visage sur celui de l’autre…la douleur déforme leurs traits et avant même que leurs larmes innocentes ne coulent sur leur visage, ils étaient mort. Deux chérubins de plus allaient rejoindre Vanilius pour une traversée vers l’oubli…

La foule s’amasse autour des deux petits êtres. Tels des rapaces ils se demandent pourquoi ils sont mort sans même un peu de peine pour les deux petits corps obsolètes gisant à leurs pieds.
Un soldat apparaît, en sueur. Soldat de plomb sous le soleil.
Il prévient alors que l’eau a été empoisonnée par les démons à la solde de Démonio.
Pauvre homme, je lis encore la culpabilité dans ses yeux lorsqu’ils se posent sur les corps…
Si seulement tu avais pesé moins, si seulement tu avais été plus rapide, un athlète des Jeux…
Comme je te comprends.
Moi aussi, j’aurai aimé avoir été aussi dur que le fer, j’aurai aimé me retrouver entre elle et la charpente de son toit avant qu’elle ne l’atteigne…
Toi et moi, nous avons été pareil durant une certaine période pauvre petit soldat.

Gathol est prête à se battre alors qu’elle agonise déjà… Plus de la moitié de la populace disparut avant la nuit. Gathol était un animal déjà à bout de force avant même d’avoir pu esquisser le moindre geste.
Trop à l’abri derrière notre si belle forteresse, nous n’en restions pas moins des êtres vivants fragiles.

La terre tremble sous la convoitise démoniaque. Le vent murmure ton nom : « Gathol, Gathol, Gathol… ». Tu es la cible ma belle que ça te plaise où non. L’eau si claire est devenue noire de malheur et de boue. Ils te veulent. Pour te garder, pour te détruire ou bien les deux.
Déjà, les feux se rapprochent. Ca y’est, le siège commence.
Nous, nous attendons dans l’enceinte du palais, nous ne savons pas ce qui se passe. Seul le bruit nous aide à savoir…
Et ça crie, et ça hurle, et ça tombe et grogne et…je bouche mes oreilles pour ne pas entendre ton dernier soupir, ma ville bien aimée.

Au plus profond de la nuit ma décision était prise. Je t’aime Gathol mais j’ai une vie à mener et puis plus tard, une histoire à conter.
Je sors en précisant aux « gardes-cadavres » qu’un jour je reviendrai. Ils ne m’ont même pas souhaité bonne route.
L’horreur m’attend sur la place où deux innocents sont déjà partis. Je vois mes semblables à genoux et d’autres…comme nous, des elfes noirs, eux aussi, les regardent avec mépris et leur crache dessus. Je reviens maintenant sur mes pensées : ils ne sont pas, ou plus, comme nous. Dans leur yeux, je ne vois rien de la gloire qui faisait briller les nôtres : je n’y vois que de la folie.
Un par un, mes anciens amis tombent sous les injures agrémentées de caresses de fer…
Ainsi, j’ai assisté à votre mort sur une place inconnue, vous mes compagnons sans nom, mes frères. Ainsi, je serai le dernier être à la peau sombre à garder un semblant de dignité et d’amour au fond de ma carcasse. Place désormais à votre barbarie, à vous de jouer fières et puissants elfes noirs des temps nouveaux.

Une échelle de siège a été oubliée là sur la muraille. Je la descends. Personne ne m’a vu, je suis libre de souffrir toute une vie maintenant.
Je passe ma main sur tes murs entaillés, déchiquetés, abîmés, souillés, dévorés…
Au revoir.

Je passe l’illustre pont au dessus de ce grand ravin pour me jeter dans l’inconnu de la solitude.
Puis, plus tard, j’apprendrai que tes eaux sont devenus marais et cloaques, que tes murs sont tombés en poussière, tes maisons devenues ruines et que tu es maintenant le repaire de toutes les vilénies en ce monde.

Je t’ai dit au revoir ce soir là mais j’aurai mieux fait de te dire adieu car je ne souhaite plus te voir. Non pas que je ne t’aime plus mais bien parce que je t’aime trop.
Je me refuse de te revoir ainsi car mon cœur garde encore de toi cette image de toi, ma belle citée, ma patrie de sang.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:20

Dis moi, petite…

Quelques années déjà que j’erre dans ces souvenirs douloureux.
Inconsciemment, je m’étais dirigé vers le sud. Trop perdu dans mon océan de souffrance, je ne m’étais pas rendu compte que la vaste forêt de Gathol avait cédé sa place à une plage de sable fin venant mourir sur les vagues de la mer.
Oui, c’était bien le sud. Loin de la vie, loin des hommes.

Je n’avais plus aucun but, je l’avoue, tu sais. C’est pourquoi j’avais passé cette fin d’après midi, debout sur le sable chaud, à regarder les vaguelettes ramper à mes pieds nus.
A quoi pensais-je alors ? Sûrement à toi, comme d’habitude.
Toujours est-il que, comme le soleil finissait sa course inébranlable, je décidais de retourner dans la vieille grotte près de cette même plage afin d’y aller trouver le repos d’une nuit de cauchemars…

Soudain, je lève les yeux et la surprise m’envahit. Là devant moi se tient une petite fille.
Elle m’arrive à la taille. Toute petite, si fragile. Le vent s’amuse à caresser les deux petites couettes qui pendent à ses côtés, cheveux de paille sur une plage du bout du monde.
Elle porte une robe vert pâle, un vêtement de petite fille. Simple, beau, innocent.
Son corps est tendu comme la corde d’un arc, débordante d’énergie et prête à tout lâcher à tout moment. A ses poignets tintent deux petites clochettes. A chacun de ses pas elle émet une douce mélopée, une symphonie des étoiles. Ses yeux ont la teinte de la mousse, deux pierres de jade perdues sur le sable. Ils pétillent de malice, de joie de vivre et de bonté. Son visage est un hommage à la pureté avec ses yeux légèrement bridés, sa bouche souriante, ses joues pâles lui conférant un aspect presque noble. De toute ma vie je n’ai plus jamais revu une petite fille dont la beauté égale la sienne.

Nos yeux se croisent. Le noir dans le vert, le vert dans le noir. Toujours souriante, elle ne dit mot. Je ne peux que lui dire d’une voix éraillée la raison de sa présence ici.
Ma voix…combien de temps déjà ne l’avais-je plus entendu ? Si longtemps…je ne faisais plus que penser, le simple fait de parler étant devenu presque sacrilège comme si le moindre bruit aurait pu troubler mes journées de solitude.
Elle ne répond pas. Je recommence. Elle me retourne la question de sa voix si douce et agréable qui résonne encore dans mon esprit, au-delà du fossé de temps qui me sépare de cette scène. Pourquoi suis-je ici ? Bonne question, petite…

« Parce que j’ai mal… »
Oui, j’avais vraiment mal.
« Quelle étrange raison pour venir ici…s’isoler pour souffrir plus de sa propre souffrance. »
Je ne prétends pas avoir solution à tout mais…par respect pour ton apparence presque angélique, je me tais, petite.
« Tu souffres, hein ? »
Bien sûr.
Elle prend une grande bouffée d’air salé et regarde l’océan avec amour. Elle regardait toute chose avec l’amour sincère d’une enfant.
Puis, elle me regarde de nouveau. Je vacille sous ce regard car je suis dépouillé, scruté, analysé. J’ai honte d’être ce que je suis devant le jugement de ces yeux.
Elle me regarde sérieusement, non plus comme une enfant mais bien comme quelqu’un qui sait déjà ce qu’il va dire. Pas comme si elle connaissait son texte par cœur mais plutôt comme si elle lisait en moi ce que l’on devait me dire. Elle me lisait mon cœur, mon âme, mon esprit car j’étais devenu un analphabète de tous ces sentiments.
Elle croise les bras derrière son dos et se balance d’avant en arrière accompagnée par le tintement régulier des clochettes.

« Laisse moi te dire une chose maintenant. Je sais, je sais, tu as mal. Déjà des années que tu te morfonds, parcourant les contrées solitaires toi-même en solitaire. Tu penses, tu spécules sur le passé, tu essaies de faire comme si les événements eurent été différents. Comme si tu avais encore tout. La vérité vraie est que tu ne peux plus rien changer…
Le destin ? Moi je n’y crois pas. C’est comme ça, c’est tout. La vie donne, la vie reprend, ne cherche donc pas à comprendre une notion qui nous dépasse. Pleure donc sur l’épaule de qui tu veux, la seule chose que tu feras c’est mouiller l’épaule de ton souffre douleur.
Tes larmes ne te rendront rien du tout. Je pourrai te dire de belles choses, que la vie est belle et qu’il faut cueillir les roses de la vie, qu’il faut en profiter et vivre pour elle, penser à ton bonheur car c’est ce qu’elle aurait souhaité…mais ce serait te faire outrage que de parler en des termes si tragiques et dégoûtants. Ne tombons pas dans les niaiseries, je te parle aujourd’hui de ce qui est vrai. Tu l’as perdue non pas par ta faute mais parce que tu ne pouvais rien y faire...et là est toute la différence. Sous l’influence des plus grands, sous l’ambition des puissants, on y perd toujours, toujours. Et inutile de se lamenter car ainsi va la vie.
Tu ne dois plus vivre pour vous deux, vis juste pour toi…cela sera déjà bien assez difficile.
Elle a vécu dans tes bras et elle est morte ainsi, elle est partie le cœur léger, elle ne souffre plus, elle est heureuse. Alors toi aussi, sois donc heureux de pouvoir juste vivre, de profiter de tout ce dont elle ne pourra plus jouir, de tout ce qu’elle ne pourra plus aimer…
Ainsi, quand tu la rejoindras un jour, tu pourras lui raconter tout ce que tu as vécu afin qu’elle ne s’ennuie pas et qu’elle retrouve en toi, non pas l’être vide que tu es devenu mais bien la personne qu’elle a jadis aimé. »

Mes yeux me piquent, je dis toujours rien. Elle continue.

« Tu as peur de la mort ? »
Non, la mort m’a déjà tout pris, elle ne viendra pas me chercher car elle n’en tirera aucune satisfaction…je ne la crains pas car elle ne me cherche pas…mais si par malheur, un jour, je puis récupérer ce que j’ai perdu, alors là, j’aurai de nouveau peur d’elle…
Et je crois que tu m’as entendu, petite…même ça, tu l’as entendu car tu me dis alors…

« C’est bien ce que je pensais, part maintenant…
Je marche. Je la dépasse pour aller je ne sais où.

…et cesse donc de vivre pour maman, ne pense plus qu’à toi. »

Eclair de compréhension et larmes. Un dernier tintement de clochettes, un rire cristallin, argentin, doré, tout cela en même temps.
Je ne me retourne pas car je sais que tu n’es déjà plus là et que de toute manière ma route se trouve au nord.

J’ai souris ce jour là. Ca faisait mal mais au moins avais-tu réussis à remettre l’engrenage en place.

Merci petite, merci ma fille que je n’ai pas connue, que j’ai perdue en même temps qu’elle sans que je le sache. Retourne donc dans le ventre de celle que j’ai aimée pour lui murmurer que je l’aime encore et qu’un jour je lui conterai mes histoires pour que jamais elle ne s’ennuie de moi.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:21

Enfance.


Aveuglé par de l’or en fusion qui se glisse sournoisement sous mes paupières.
Quelle heure est-il ? Quel jour somme-nous ? A l’époque je ne m’en souciais pas.
Je descends les escaliers si familier à l’aveuglette, bien trop faignant pour ouvrir mes yeux meurtris de sommeil. Dans la cuisine ça sent bon, ça sent toujours bon.
J’ouvre un œil, tout doucement…maintenant l’autre. Petite forme encore alourdie par la nuit si douce. Elle est là, affairée dans la cuisine. Je l’embrasse fort en me dirigeant vers elle.
Je vais encore manger ce que j’aime par-dessus tout ! Que je suis heureux.
Mais à l’heure où j’écris ces lignes, je me demande encore ce que j’aimais manger au matin…tout cela est tellement loin. Ma vie a bien eu le temps d’être marquée par d’autres choses que la gourmandise du matin.

Toutefois, on me disait toujours que je mangeais comme un orc. Douce Danava, toi seule le sais encore. Hummmm que c’était bon. Je lui souris pour la remercier et elle m’ébouriffe les cheveux. Ha…je ne suis plus un petit garçon quand même ! Nous vivons ensemble, elle et moi et c’est comme ça qu’elle me traite. Ha…les femmes.
Et oui ! J’ai pris ta place et maintenant c’est moi qui suis avec elle, pour toute la vie.
Je lis déjà d’avance la rage sur ton visage.

Bon, il est l’heure. Je dois aller travailler… Dure journée où l’on en apprend beaucoup avec ses amis. Heureusement qu’il y a des pauses sous le soleil doré du printemps…
Quelle chance que j’ai de t’avoir et d’apprendre sans cesse chaque jour…quelle chance j’ai de t’avoir et de te revoir à la fin de ma journée.

Et me voila, trottant et sifflant gaiement vers notre foyer. Je pose ma main sur la poignée et je me fige sur place. Un cri…la poignée semble être de glace ou peut-être est-ce seulement ma main qui est gelée de terreur. Hurlement. Je tourne la poignée mais la porte s’obstine…fermée ? Bruit de vaisselle qui se brise, autre cri. Mon cœur bat très fort maintenant mais au lieu de me procurer cette chaleur bienfaisante, il se gèle lui aussi d’avantage. Je sens la glace qui parcourt mon corps tout entier…ça y est, je grelotte de froid imaginaire, mon nez coule, mes yeux pleurent sous l’effet de ce blizzard de sentiment.
Même le soleil de fin de journée ne perce pas la coquille de terreur qui vibre autour de moi, si faible devant une porte têtue…
J’essuie mes larmes, je suis un homme. Incrédulité. Je suis stupide ! Je pousse du mauvais côté ! Comme je te hais Dame La Peur, tu me fais perdre mes moyens…

J’entre dans la maison. Plus rien n’est comme avant. Meubles renversés, bris et éclats de verre un peu partout, du sang sur le mur…une longue traînée écarlate, un serpent sinueux et pervers qui me montre le chemin.Ca monte, ça monte et moi j’ai la tête qui tourne de dégoût.
Ca mène à ta chambre…et là, avant même d’ouvrir la porte, j’ai un haut-le-cœur.
Car c’est son odeur, je la reconnais…cette odeur, ce parfum sucré cachant une puanteur rance, la sueur, l’ignominie. Il t’a retrouvée ? Par tous les dieux, je n’y crois pas. Et pourtant j’ai eu tort…

J’ouvre cette seconde porte de la terreur. La deuxième aujourd’hui et je prie pour que ce soit la dernière. Un gargouillis inintelligible. Il est là au dessus de toi, sur le lit mais moi, je ne vois que l’écume pourpre qui coule et coule et coule encore…
Le lit n’est plus qu’une éponge imprégnée de la mort.
Il sourit dans sa folie. Il a laissé son couteau sur la table de chevet. Le sang à terre étouffe le bruit de mes pas comme si, même dans ta mort, tu avais voulu me protéger.
Je suis un automate, un jouet du destin armé par la vengeance.
Il lève la tête. Il est surpris car il se voit dans deux miroirs.
Le premier est mon visage, similaire au sien et le second est la lame de son couteau qui lui montre une dernière fois sa dernière erreur.
Il s’écroule. Tout est fini, tout.

Adieu papa…maman je t’aime.

Depuis que tu l’avais quitté, j’étais l’homme de la famille. Désormais je suis un homme tout court.

Brumes, méandres, ballottements…le soleil, la terre, l’odeur de poussière, de l’herbe, la caresse du vent…

La sueur sur mon front.

Un rêve, juste un rêve.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:21

La vie.

On part au fil de jours, instant d’existence,
On suit cette route prévue d’avance,
Celle qui arpente les sentiers de nos jours,
Et qui bien trop souvent ne refait pas de tour.

L’horizon est si loin qu’on ne peut distinguer,
Même si tout est clair qu’une infinité,
Un bout de la route dont notre lumière,
Ne permet d’éclairer pas même la terre.

Alors nous voila donc en simples voyageurs,
Parcourant la route imprégnée de peur,
Nous doutant à peine qu’il suffirait de peu,
Pour regarder enfin et voir avec nos yeux,

Que sur les bas-côtés ne se trouve le vide,
Nourrissant la crainte et creusant nos rides,
Mais juste la noirceur de ce grand inconnu,
Un peu d’aventure, un peu d’inattendu.

Et on s’avance donc, d’abord terrorisé,
Car alors on quitte la route tracée,
Qui depuis le début nous mène quelque part,
Ou ça, comment, pourquoi ? Maintenant c’est trop tard,

Car le feu nous guidant n’éclaire déjà plus,
Cette ligne droite en terre battue,
Qu’il était bien aisé de suivre jusque là,
Sans l’incertitude de faire un faux pas.

Et voila que soudain nous sommes stupéfaits,
D’une découverte qui sans cesse promet,
Bien plus de surprises que de réels malheurs,
Qu’il suffit d’avancer sans compter les heures,

Car il serait bête de perdre notre temps,
Vu que cette route sans cesse nous surprend,
Et qu’il ne sert à rien de vouloir revenir,
Sur cette seconde s’apprêtant à mourir.

Ainsi va la vie, sinueuse route,
Les grains d’un sablier, goutte après goutte,
Une plaine sombre, le mystère enfoui,
Au cœur des vallées, au cœur de nos ennuis.

Allez donc de l’avant et ne regrettez rien,
Il se fait déjà tard, que s’arrête ma main,
Allez donc de l’avant et ne regrettez plus,
Chérissez la vie avant d’être déçus.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:22

Les soirs où tout se perd.

Ce soir là, alors que mon long pèlerinage vers la vie venait à peine de commencer, je m’étais arrêté pour la nuit. L’auberge était sobre mais très propre et tout ici m’apportait l’apaisement.
J’étais assis à ma table, seul, quand deux personnes vinrent s’installer à la table juste à côté de moi. Je sais, je sais : il est malpoli d’écouter ainsi les discussions d’autrui mais mon attention ne pouvait qu’en être captée…Fort heureusement, j’avais gribouillé, tout en écoutant, les quelques paroles échangées il y a maintenant si longtemps…

Dans les yeux de cet homme, on pouvait déjà tout voir, tout comprendre avant même qu’il parle, qu’il dise…

«Belle soirée n’est-ce pas ? »
Elle le regarde, un brin amusée, douce créature de soie.

« Oui, c’est certains et quelle belle journée ! Je ne me suis jamais amusée comme ça depuis bien longtemps… »
Elle soupire langoureusement, un doux soupir qui aurait fait craquer n’importe quel être.
Lui, il déglutit, il peine à chercher ses mots, il réfléchit, il pense vingt fois ses mots avant de les formuler.

« Je…suis…content que…tu te sois a…amusée avec moi »
Regard d’espérance. Il voit une déesse, une vie heureuse.

« Bien entendu, avec toi je suis toujours heureuse, tu le sais bien. »
Regard vide. Elle voit un homme, une belle journée.

« Tu sais, vu qu’on s’entend si bien, toi et moi, je me disais que…
Il pense qu’il est allé trop loin, trop vite mais il ne peut plus faire marche arrière. Son cœur s’accélère, il transpire, il a peur.
Elle feint de ne pas comprendre cette phrase à demi formulée mais déjà elle sait où il veut en venir. Elle fronce les sourcils, comme une parodie ridicule d’un faux étonnement…
Lui, il croit vraiment qu’elle est surprise, il interprète ce froncement de sourcil avec appréhension mais rien n’est perdu…qui sait ? Ce qu’il ne sait pas c’est que ce froncement de sourcil est un prélude au dégoût.

« …nous pourrions, peut-être, sortir u…ne fois ensemble…et peut –être allez plus loin qui sait, après tant d’année qu’on se connaît, on s’entendrait bien, tu ne crois pas ? »
Ses phrases gagnent en assurance, emportée par l’adrénaline, l’amour, l’espoir.
Elle sourit. Pour lui c’est gagné. Pour lui.
Car sous un sourire se cache parfois bien d’autres choses…
Elle lui prend sa main, il est heureux. Elle pèse ses mots, sans doute pas assez…

« J’en suis certaine…
Son cœur à lui bondit de joie pour mieux s’écraser ensuite, le sien à elle est déjà ailleurs. Il l’a toujours été.
« Mais tu sais, je te considère comme mon meilleur ami. Tu ne m’as jamais laissé tombée, je peux tout te confier, je suis bien avec toi, en amie…
Et elle croit bon d’ajouter :

« …Je suis désolée. »
Elle retire sa main pour mieux le laisser tomber. Le silence s’installe et ne veut plus partir. Alors, génée, elle s’en va car dans ses yeux elle a vu, tout le monde a vu, le cœur de cet homme se briser et que ses mots ne pourront pas recoller les morceaux, les particules de son amour.
Lui, il ne remarque même pas son départ, il ne voit plus rien.
Quelle belle journée, hein ?
Tout ce qu’il peut faire maintenant, c’est se rendre plus pitoyable qu’il ne l’est déjà afin de ne plus avoir honte de ses sentiments. Il s’abîme donc dans les méandres aigres de la bière, voyager dans les douceurs des liqueurs afin d’y aller trouver la suavité et le réconfort qu’il a perdu.
Il boit, avale, encore, encore…comme s’il voulait entasser sa peine sous des litres de boisson.
Alors finalement il se retire, ivre d’avoir tant bu, ivre d’avoir si mal.

De ma table j’ai suivi cet échange et j’ai eu mal pour cet homme. Tant d’espérance peut être contenu dans un seul être que la voir ainsi disparaître provoque comme une onde de choc qui bouleverse tout ceux capable de la ressentir et de la comprendre.
Les déceptions comme celle-là font toujours mal mais l’un souffre toujours plus que l’autre.
Pourtant quelques jours plus tard, tout redeviendra normal. Ils seront amis.
Il feindra de ne pas s’en faire. Ils n’en reparleront plus mais la cicatrice sera mal recousue. La nuit il pleurera car il ne sera pas avec elle et ne saura pas ce qu’elle fait.
Dans ses rêves, il la prendre dans ses bras et lui dira tout bas tout ce qu’il n’a pas osé lui dire le jour. Celle-ci aura sans doute préféré un bel athlète ou un grand guerrier mais n’aura pas voulu voir l’homme qui aurait pu la rendre heureuse pour la vie.

J’ai compris cette nuit là que la chance ne vient presque jamais à qui la désire et qu’espérer trop longtemps ne sert à rien si ce n’est à se faire du mal se créant un mur d’illusion, une oasis remplie de mirages.
Je trouve dommage que cette fameuse « amitié » ne soit qu’un mot, ne soit qu’un barrière à des sentiments plus vaste. Je trouve déplorable que « l’amitié » ne soit plus qu’un poids dont se servent les gens pour écraser les sentiments des autres.
Je t’aime. Moi je t’adore. Merci d’être passé.

J’ai compris quelle chance j’avais eu de pouvoir être avec toi. Je ne regrette rien car notre amour à nous est éternel. Moi je n’espère plus car je sais où je vais, je sais où j’irai.
Et où que ce soit, je sais que tu m’y attends.

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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:23

Si près de toi, à l’ombre d’une quête.


Ibrin, géant de Vesperae. Je ne sais pourquoi mais c’est là que se trouve ma prochaine escale.
Tout là haut il y a quelque chose qui m’attire…je ne sais encore quoi mais ça n’est qu’une question de temps.
Le temps d’acheter quelques fourrures, de la nourriture et quelques babioles…me voila parti.

A ses pieds déjà, le vent hurle sa haine et m’apporte en prime les voix conjuguées des tigres à dents de sabre habitant la région. Je ne suis pas le bienvenu.
Périlleuse est cette escapade le long de ce corps de pierre et de glace majestueux mais ce qui me force à aller de l’avant est bien plus fort que tout cela.
Maintenant la neige. Elle tombe doucement, hypnotique, endormante, charmeuse...
Soudain, les douces caresses des flocons se transforment en gifle.
Paf ! D’un seul coup. La maudite m’avait amadoué avant de me lancer sa haine en pleine face.
Elle semble vouloir en découdre car même les gifles glaciales ne lui suffisent plus : elle use de ses poings désormais. Au milieu de la tourmente, Dame Neige joue ses dernières cartes pour tenter de m’abattre une fois pour toute. Juste à mes pieds tombe le plus gros grêlon qu’il m’eut été donné de voir… Je déglutis car il est maintenant certain que je ne suis pas, pour ainsi dire, un invité d’honneur du géant de glace dont j’escalade l’échine.
Hasard. Une grotte. Sous une pluie de glace, je m’endors comme d’habitude : en pensant à toi.

Le jour se lève : j’en ai le souffle coupé La tempête s’est apaisée, Ibrin s’est habituée à son nouvel hôte. Et sous ce calme matinal, je regarde le soleil se lever sur les vastes terres de notre royaume. Coup de poignard en vérité…j’ai la nostalgie des remparts de Gathol, là où un jour je regardais l’astre du de lumière se lever doucement.
Assez de sentimentalisme car je suis à mi-chemin et l’appel se fait pressant désormais.

En sueur. Il fait nuit mais je vois les derniers mètres à franchir. J’y suis, rampant comme de la vermine mais j’y suis. Ibrin a trouvé un maître. Peut-être le premier, peut-être pas.
Il y a un fourmillement dans l’air, comme des vagues en lévitation.
Je reprends petit à petit mon souffle tandis que la chose en question prend forme, se solidifiant mais même à son point culminant, la forme demeurait indistincte car une lumière l’éclairait...de l’intérieur.
Un…homme. Oui c’en est un. Impossible de définir sa stature car il semblait plus grand que tout homme que j’ai pu rencontrer et cette lumière jouait des tours à mes yeux.
Entre ses mains, un objet. Quoi ? Je ne sais pas encore.

« Bienvenu mon fils »
Un nouveau choc dans ma vie. Je suis écrasé par une présence bien plus forte que toute chose au monde. Cependant, elle demeurait amicale, ou du moins neutre. Même écrasé, tremblent et misérable, j’étais rassuré par je ne sais quelle puissance.

« Je ne vous connais pas, il y a erreur, je ne suis pas votre…fils. Est-ce vous qui m’avez appelé ? »

« Oui, bien entendu. Mais crois moi, tu es bien l’un de mes nombreux fils. »
Une perturbation dans l’air, au niveau du visage. Il sourit.
Moi, de plus en plus perturbé, n’osais dire mot. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait, je préférais attendre.

« Je t’ai en effet fait venir car je suis le premier que tu devras rencontrer au cours de ton long voyage vers le salut. Désormais, tu ressentiras cette sensation d’appel tous les jours jusqu’à la fin de cette quête que nous avons décidée pour toi. Un par un, tu nous trouveras et un par un, nous t’expliquerons des choses qui t’aideront à vivre sans cette peine immense qui t’habite. Ta peine a touchée jusqu’à notre foyer ancestral. Nous avons senti ses murs trembler devant tant de passion, de peine et de mélancolie.
Pour cette raison, nous avions envoyé un messager pour tenter de faire battre ton cœur de nouveau. C’était ta fille comme tu le sais. Enfin, celle que tu aurais eu si rien de tout cela ne s’était produit…. »

Il tapota l’objet qu’il avait entre les mains et se mit à rire. Un son doux et fort à la fois. Il me traversa l’âme et encore aujourd’hui j’en suis ému.

« Un simple petit tour de passe-passe, vois-tu. Ce n’est pas si difficile…et tu semblais en avoir tellement besoin. Et pour la question qui te trotte dans la tête en ce moment même : non, ta fiancée ne pouvait venir te parler en personne car cela t’aurai anéanti. Crois-en nôtre expérience, nous avons appris à vous connaître. »

C’est alors que j’ai compris ce que je devais faire, que j’ai compris qui il était…et j’en fus saisi d’effroi…

« Mais….si vous êtes… »
Je n’osais pas prononcer son nom.

« Si vous êtes ce que vous êtes…alors peut-être pourriez-vous tout changer ! Tout faire revenir à l’instant qui me hante depuis tant d’années et me laisser la chance de tout arranger ! »

J’étais emporté, exalté devant tant de possibilité mais le hochement de tête négatif de mon interlocuteur si particulier m’avait déjà répondu…rien ne changera plus.

« Suis juste la route que nous t’avons tracée, mon fils. Tu comprendras alors. Je suis le premier à qui tu devais parler et il m’incombait de t’expliquer la règle de ce jeu. »

J’avais encore tant de questions en tête…mais deux seulement sortirent alors.

« Pourquoi vous occupez-vous de moi alors que tant de gens en auraient aussi besoin…et pourquoi m’avoir fait venir jusqu’ici alors que vous auriez très bien pu me parler n’importe où ? »

Il commençait à disparaître, sa silhouette brumeuse s’évaporant je ne sais où.

« Pour répondre à tes questions…sache que nous nous occupons de tous mais pas toujours de la même façon. Toi, tu nous vois car il doit en être ainsi. Et quant à ta seconde question… »

Il prit un peu de neige dans sa main.

« Tu es ici car c’est l’endroit qui me correspond le mieux. Regarde. Ici, cette neige est éternelle, fille de la montagne, jamais elle ne s’en ira. Tout en bas…elle se meurt, éphémère petite chose de la nature. Elle est comme moi. Parfois éternelle, parfois mortelle. Parfois longue, parfois courte.
Ainsi, les gens me haïssent quand je dure trop longtemps ou pas assez.
Tout comme les gens haïssent la neige quand elle reste trop sur le sol et les empêche d’aller où ils souhaitent mais que les enfants adorent lorsqu’elle est là et semble ne jamais vouloir s’en aller. Je suis comme elle : Long et court à la fois, selon les besoins et malheureusement je ne peux faire plaisir à tout le monde…mais du moins, j’essaie.
Voila mon fils, tu sais tout. »

Et il disparut. A sa place, une forme dans la neige, comme si de la chaleur en avait tracé les contours.
Un sablier.

Ainsi fis-je la connaissance de Willanjis, dieu du temps.

Déjà, un autre m’appelle. Même si je ne veux pas, je ne peux résister à un appel divin. Petite créature que je suis, je n’en ai pas la force. Peut-être arriveront-ils à apaiser ma douleur.

Mais avant de partir, je lève mes yeux et regarde les étoiles.
Je tends la main mais je ne touche rien.
Ici, tout la haut sur Ibrin, tout près du dieu du temps...mais je ne parviens toujours pas à te toucher.

Ici, tout là haut, ce sera l’endroit où j’ai pu me rapprocher le plus de toi et j’espère que tu as pu me voir juste avant que je reprenne la route.

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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:23

La tour.


Un voyage vers l’Ouest. Jusque où ? Je ne peux répondre que par un haussement d’épaules.
Je suis la route que l’on me destine et petit à petit, la nature perd ses droits, remplacés par ceux des hommes.
La route est pavée et devant moi se dresse une ville faite de tours, de grands bâtiments, de couleurs vives et chatoyantes. A l’entrée, un grand panneau indique : Proncillia.
La sensation est ici plus forte, comme si un titan me poussait par derrière. C’est une drôle de sensation qui ôte bien des sens au mot liberté. J’avais l’impression d’être une poupée de petite fille que l’on entraîne où l’on a envie.

Que de monde ici ! Après tant d’années sans d’autres êtres vivants - si ce n’est quelques fantômes du passé- la sensation d’être entouré de personne me faisait suffoquer. Une impression de petitesse, d’inexistence…
Je marche le dos courbé, la capuche rabattue. Un étranger près des siens.

Une goutte de pluie s’écrase à terre, juste devant moi. Une autre maintenant me chatouille la tête, le coup amorti par ma capuche. C’est bizarre mais à cet instant, j’ai cru que ce n’était pas une goutte mais plutôt…comme un appel, un doigt qui tape sur mon crâne pour me faire m’apercevoir d’une vérité si flagrante qu’elle échapperait à mes yeux endormis.
Goutte, et goutte encore…voila que leurs petites sœurs arrivent. Il pleut un torrent et je n’ai d’autres solutions que d’aller me réfugier dans l’auberge la plus proche.

De nombreuses personnes y sont déjà installées et la plupart portent d’amples robes légères. Aussi bien hommes que femmes.
Comme à mon habitude, je m’installe dans la table du fond, attendant que l’on me serve à boire. Le bruit des conversations arrive à mes oreilles. Après m’être tant écouté, je pouvais de nouveau faire attention aux autres, les écouter à leur tour, les entendre, les comprendre…
Certains termes m’échappent alors mais quelque chose me dit que cela a attrait à la magie et son domaine obscur. Une ville de magicien, voila où j’étais.
Sensation de perdition…j’étais déboussolé. De mon temps la magie n’était réservée qu’à une élite et voila que, aujourd’hui, des tas de gens y avaient accès. Quelle étrange chose…
Je bois lentement la boisson que le serveur m’apporte en repensant à toutes ces nouvelles données pour moi. Je bois mais sans goûter, mon esprit est déjà bien loin de la salle commune de l’auberge.

Martèlement. Plafond sombre. La pluie ne veut pas cesser et dans ma chambre d’auberge je m’ennuie. La pluie tambourine les murs, le toit, la ville et son rythme me berce doucement sans pour autant me donner sommeil. Bras croisés et tout habillé, étendu sur le lit, j’attends que l’on m’appelle. Dans le silence de ces minutes, ton souvenir me frappe de plein fouet, ton nom résonne dans cette chambre, amplifiant tout ce qu’il signifie pour moi.
Seul sur ce lit, près de la civilisation, je me rends compte comme je suis seul, je me rends compte comme tu me manques…

Je tombe du lit, le souffle coupé sous l’effet d’une force extraordinaire qui me tire de toutes ses forces. La sensation est revenue, je suis attiré vers une nouvelle rencontre. Mon cœur s’emballe. Qui verrais-je maintenant ?
Je sors dehors, dans la tourmente du soir. A peine sorti, déjà trempé.
Je ne suis plus maître de moi-même, je marche sans savoir où je vais mais sachant où aller.

Une grande tour se dresse devant moi. Je la vois seulement maintenant car la nuit et la pluie se mêlent et obscurcissent ma vision.
La porte est ouverte, et je monte l’escalier au centre de l’édifice. Ca monte en une spirale infernale, presque sans fin. Je passe des pièces emplies de tableaux représentant des orages.
Des statues maintenant. Chacune d’entre elles portent un casque étrange, un casque ailé.
Je me sens étrange dans cette tour…immatérielle. Comme si je ne devais pas voir ce que j’étais en train de voir, toutes ces immenses salles, ces tableaux, le marbre reflétant ma silhouette apeurée.
Un dernier escalier. Il monte tout droit vers le ciel. Si je pousse cette trappe, peut-être verrais-je le paradis ? Peut-être m’attends-tu derrière ? N’est-ce pas ta voix que j’entends dans l’inconnu ?
J’ouvre et…je suis tout au dessus de la tour. Ta voix n’était rien d’autre que le vent.
Le ciel m’ouvre ses bras. Encore une fois je suis haut dans les cieux mais pas encore assez pour seulement te voir.

Ici, le vent fouette mon corps de pantin. J’étais presque plaqué contre le parapet de la tour sous la bourrasque inhumaine. Je sais que je suis à destination mais je ne vois rien, impossible dans ce cataclysme que le vent crée autour de moi. La pluie, elle, se contente de me rendre aveugle…mais même aveuglé par les gouttes de pluie, je ne peux que voir ce qui se déroule dans le ciel…
Les nuages s’assemblent, se pressent les uns aux autres, s’accouplent presque pour ne plus faire qu’un.
Soudain une nuance violette apparaît dans le cœur même des sombres formes nuageuses.
Une autre, encore, encore. Un serpent de feu mauve sillonne le ciel, traversant les nuages impassibles. Il stoppe sa course et tourne sa tête vers moi…un éclair aveuglant.
Ma tête heurte la rambarde me séparant du vide, soufflé par le choc de la déflagration.
Je vois les étoiles mais tu n’es pas parmi elles…

Quand j’ouvre les yeux, une colonne de cette même couleur violacée se dresse là où le serpent s’est abattu sur la tour. La luminosité diminue en même temps que les douleurs de mon corps.
Je me relève tandis que la colonne prend forme humaine.
La même aura que Willanjis mais pourtant différente. Plus imposante, plus puissante mais moins empreinte de cette sagesse infini et du calme surhumain du dieu du temps.
Ici, cette aura exprime la fougue, la force, la vivacité, l’imprévisibilité.
Rien à voir donc avec la langueur et la douceur de soie de ce fil invisible qu’on nomme le temps.
Le vent se calme tout à coup, la pluie cesse son flot incessant. Un calme incroyable règne désormais.

J’allais pour parler mais il leva la main. Ordre impérial, royal et sûrement divin…
Ma bouche se referma aussitôt.

« Je suis Dranig, dieu du vent et de la foudre. Ne parles pas, ne m’interromps pas. Je ne suis pas Willanjis, je n’ai que peu de temps à consacrer et aucune possibilité de le récupérer par la suite. Mon frère t’a enseigné que le temps était une donnée variable et qu’il fallait profiter de chaque seconde qui te semble infinie car elle deviendra tout où tard une chimère de ton passé… »

Il s’approche de moi et je sens comme une brise fraîche, forte et douce à la fois, me caresser le front, puis, une secousse électrique, un petit serpent de feu rampant dans mon corps quand il m’effleure de sa main. Tout enveloppé dans un brouillard des vents, il était impossible de distinguer quoi que ce soit de son apparence. Uniquement un casque ailé…

« Laisse moi t’apprendre que tout comme le vent et la foudre, la vie est violente ou douce.
Quand tu prends plaisir à te laisser bercer par une brise agréable, ne prends point trop de plaisir et de fainéantise à rester sous ces cajoleries car d’un moment à l’autre, la brise se change en orage et balayant tes rêves et tes désirs les plus fous, tu ne seras plus qu’un pantin amorphe que l’orage prendra grand soin de réduire en cendre.
Autrement dit, mon fils…ta peine vient de toi. Tu n’as pas su ou voulu voir plus loin que les moments de plaisir. Ne cesse jamais de penser aux éventualités afin de t’y préparer…
Ainsi, fort de tes fortifications, tu n’en résisteras que mieux au vent des malheurs futurs.
Maintenant, les cieux m’appellent, il est temps pour moi de te quitter. »

Les cieux soupirent lorsque leur dieu les rejoint de nouveau.
Quelques minutes plus tard, encore abasourdi par cette rencontre, je descends les marches.

Cette peine est ma faute, le problème vient de moi et non du monde et des événements…c’était à moi de devenir plus fort. Dans un coin de mon esprit je retrouve les restes de ta maison calcinée, là où je t’ai embrassée pour la dernière fois. C’est avec ces bouts de bois de ta vie avec moi que je construirai les fortifications dont le dieu du vent m’a parlé.

La sortie. Le soleil se lève, enveloppant le monde du feu du matin.
La tour a disparu et ma route continue.

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:24

Pas comme les autres…

L’Est. Encore et toujours sur la piste aimantée par les dieux.
Je laisse derrière moi la ville de Proncillia et l’étrange tour d’une nuit, marchant vers la suite probable de mon périple. Le vent souffle alors dans mon dos comme si Dranig était encore avec moi et me pressait de continuer ma route.

Je traverse champs et forêts semblables à des descriptions de contes de fée. Je retrouve bizarrement des sentiments enfantins, tel l’allégresse de pouvoir simplement marcher en un bel endroit sans d’autres soucis en tête que de savoir que je suis sur le bon chemin.
Alors que j’arrive enfin à la lisière d’une de ces forêts enchantées, le soleil vient à raser l’horizon pour enflammer de plus belle cette fin de journée.

C’est donc là que je dois aller…
Protégé par cet immense édifice, l’astre disparaît doucement.
Un mur gigantesque me fait face.
C’est, je crois, ce que tout un chacun a choisi d’appeler le « mur du bout du monde ».
Serait-ce la fin de mon voyage ? Les légendes disent qu’il n’y a rien au-delà de ce mur…mais pourtant je pense qu’il doit être gardé pour une bonne raison, qui sait ?
Ne me posant pas trop de questions afin de ne pas ralentir davantage mon voyage, je continue tout droit à travers la plaine s’étendant entre moi et les limites connues du monde.

Etrange. Pas de gardes sur le rempart…je ne suis pas interpellé, rien.
Je rentre donc, de plus en plus mal à l’aise de ne pas trouver âme qui vive…
A l’intérieur, l’édifice ressemble à une ville, un bastion. Les hommes qui y vivent sont bien logés et d’après l’odeur qui s’envole vers les cieux, ils doivent être aussi très bien nourris. Toutefois, aucune trace de vie pour l’instant. Je me contente donc de suivre ma route à travers la roche faite de main d’hommes. Des courants d’air me font frissonner dans ces étroits couloirs vides, m’obligeant à refermer autour de moi ma cape de voyage déjà vétuste.

Finalement, devant moi se dresse un petit escalier menant à la sortie qui même en cette fin de journée, émet une pâle lueur. Je gravis les marches en ayant l’impression, la subite idée, que ce n’est qu’une mise en scène des dieux. Cette montée de marche symbolique…
Oui, ils ont le sens de l’esthétique.

Enfin sur ce rempart. Intrigué, je m’approche du bord opposé à ma terre natale pour tenter de voir ce qui ce cache au loin, dans cette zone inconnue.
Subitement, avant même que je ne puisse réellement voir ce qu’il y avait de l’autre côté, un énorme bâillement se fit entendre derrière moi. Je fais volte-face, intrigué.
Un homme était couché là, sur le dos, à même le dur sol de pierre. Il baillait à s’en décrocher la mâchoire. Je hausse les sourcils sous l’effet de la surprise. Il n’a rien de spécial qui puisse attirer l’attention et pourtant, je ne pouvais que le regarder.
Voyant que je le dévore du regard, le petit homme daigne ouvrir un œil et me demande ce que je fais ici. S’en suit une morne et longue conversation sans queue ni tête où j’apprends que l’homme en question ne sais pas pourquoi il est là mais qu’il sait juste qu’il doit être là pour…

Et petit à petit, mes paupières deviennent lourdes, la fatigue engourdi mes membres.
Sans m’en rendre compte, je m’assieds confortablement contre le mur du rempart, regardant en face de moi cet homme étrange. Et alors que mes yeux s’embrument sous l’effet du soleil,
Une lueur apaisante apparaît devant moi à la place de l’homme.

J’ouvre les yeux et mon cœur bat déjà à la chamade. Je suis de retour… Cette clairière où nous mangions des fruits sauvages, toi et moi…j’en tremble encore.
Pauvre créature pitoyable, je me lève, étourdi par cette apparition.
Au centre, une nouvelle silhouette. Une nouvelle fois attiré par la toute puissance divine, j’approche du centre parfait que forme les arbres tout autour de nous.
Ce n’est pas pareil. Cette force que dégage ce…dieu n’est pas pareille. Vraiment pas.
Alors que toutes les autres aiguisaient mes sens et me faisaient sentir vivant, cette aura-ci apaise et même engourdit mon corps, mon esprit, mon être.
Trop fatigué par cette marche de quelques mètres, je m’assieds aux pieds de l’apparition sans forme. A croire que les dieux ne souhaitent pas se faire voir…
Chose surprenante, il s’assied lui aussi, juste en face de moi.

« Mes respects mon dieu, je… »

Il lève la main et semble amusé bien que son visage demeure caché sous des volutes de je-ne-sais-quoi.

« Pitié, mon enfant, cessons donc ces stupides coutumes de bienséances veux-tu ? Je ne suis pas fait pour ça…avant de parler d’avantage, présentons-nous veux-tu ? »

Surpris, je me présente donc et il fit de même et trop fatigué, je ne souhaite déjà plus continuer à parler. Je laisse jute couler en moi la voix si apaisante de ce dieu étrange.

« Je me nomme Dranigba, dieu du repos et de la paresse, ainsi que le proclame haut et fort mon titre assommant. Notre petit entretien ne peut malheureusement pas durer longtemps. Ici, il y a des lois que même les dieux se doivent de respecter.
Tu dois sûrement te demander ce que le dieu de la paresse pourrait bien t’apprendre et je te comprends et ne te blâme point… »

Il étend ses bras, m’indiquant tout et rien à la fois.

« Je souhaite juste t’apprendre qu’ici tout est possible. Qu’en ce lieu semblable à un autre mais si particulier pour toi, tout est réalisable. Je t’observe depuis quelque temps, alors que tu recherches ta bien aimée désespérément. Laisse moi juste te dire que tu es bien trop entêté !
Vous recherchez l’impossible, vous enfermant dans votre propre cage alors que le possible, lui, n’a tout simplement pas de limites… L’homme détient en lui bien plus de pouvoir que nous même, dieux, ne pouvons en acquérir. Pourquoi ? Simplement parce que nous avons perdu la notion de pouvoir penser, sentir et comprendre comme vous. Vous marchez dans le perpétuel inconnu tandis que nous, nous savons déjà ce qu’il convient de faire pour que tel événement se produise. Par ce même fait, nous condamnons nous même notre pouvoir car ce qui nous manquera toujours, c’est une chose que vous possédez tous : l’imagination.
Elle est la source de bien des pouvoirs. Si tu peux comprendre ceci, mon fils, alors tu auras compris que nous ne sommes pas grand-chose, nous non plus et que malgré tout, nous vous envions. Voila qui termine tout ce court discours. Il est temps pour toi d’aller voir le suivant. »

Un pâle reflet vert apparaît à la lisère de ma vision. Une robe pâle entre les robustes arbres d’un autre temps. De l’or maintenant. Il coule le long d’une silhouette connue, d’une silhouette aimée.

Dranigba sourit doucement. Et alors que je comprends enfin…

« N’oublis pas : c’est ici que tout est possible. »

Je sombre dans l’abysse du néant et termine ma chute sur quelque chose de dur.
Je me masse le crâne douloureux. Je suis de nouveau sur la muraille, la tête meurtrie par le dur rocher. Sans ouvrir les yeux, je sais que l’homme endormi est encore là. Bien calé contre la muraille, il somnole doucement.
De nouveau perplexe, j’ouvre les yeux, me mets debout et comme au début, je fixe l’homme, le dieu, ou autre chose. Mais ne trouvant rien d’autre à dire, j’entreprends de partir de cet endroit.

Et toutefois, juste avant de partir, je me retourne et demande à cette étrange personne.

« Qu’allez vous faire maintenant Dranigba, mon dieu ? »

Il gesticule, fronçant les sourcils comme si une mouche le dérangeait et répond alors d’une toute petite voix :

« Je crois que…je vais un peux profiter de la vie, mon fils. »

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:25

Révélations.



Une plaine morte depuis maintenant bien longtemps s’étale devant moi. Frêle reflet d’une vie glorieuse, la mort ne rend que plus nostalgique ce morne paysage. Le vert, autrefois si éclatant, a laissé place à la mousse, à la mort, aux parasites. Reste désormais un vert sale, terne et triste.
Les quelques arbres épars qui résistent encore à la lente agonie, ressemblent aux bras mutilés de dizaines d’âmes en tourment. Attristé et mélancolique, je parcours inlassablement ce chemin, traversant un passé dévasté pour aller vers un futur incertain.

Sous un calme malsain, je me dirige de nouveau vers toi.
Des visions fugitives me reviennent alors. Là, je me baladais souvent le long de ce sentier, ici, nous nous sommes promenés main dans la main alors que je te raccompagnais chez toi…
Une larme solitaire roule le long de ma joue poussiéreuse. Je ne suis pas encore guéri de l’amour.

Alors que je soulage mes yeux du voile de tristesse qui les brouillait, je te revois enfin…
Autrefois, je m’étais promis de ne jamais vouloir revenir mais aujourd’hui c’est différent. Tout a changé, je ne suis plus maître de rien, je ne suis plus qu’un patient qui attend la cure divine.
Voila que je m’approche, que je sens ton odeur d’autrefois, que je caresse ta carcasse meurtrie par le temps et par une nuit d’horreur, il y a bien longtemps…
Là où j’avais posé ma main, il y a encore la trace. Tant de temps après, cela n’est pas normal mais après tout, ces derniers mois, rien ne l’était plus.
Je colle maintenant mon visage sur la muraille, je pose mon oreille sur toi pour écouter ton malheur, ta solitude et ta tristesse…
Comme j’ai honte de t’avoir laissée. La mousse t’a envahie, tes murs sont en ruines, la pierre s’effrite, les gonds de ta porte gémissent de douleur. Seul le vent habite encore les artères de tes rues, seuls les souvenirs hantent encore les chambres de tes maisons… Le lit de ton fleuve autrefois si limpide s’est étouffé dans le poison et la boue. L’odeur de mort est bien présente et n’attend que ton dernier soupir pour te rajouter à son fumet....

Moi au milieu des gravats, un dernier vestige vivant de ton ancienne gloire. Gathol, tu es comme moi : anéantie mais encore en vie…

Sur la place centrale, une bougie est allumée. Je ne comprends pas. Alors que la vie t’a abandonnée en même temps que celle de tes enfants, y aurait-t’il quelque part encore une personne capable de te rendre hommage ? J’y crois de plus en plus car sur le sol gît une épée. Encore neuve, elle semble avoir été posée là récemment mais comment en être certain ?
Voulant mettre un terme à mes doutes, j’appelle pour savoir si quelqu’un est encore ici.
Seul le vent me répond.
Haussant les épaules, je me baisse pour saisir l’épée mais je stoppe mon geste d’un coup.
Premièrement parce que je ne peux simplement plus bouger et deuxièmement, parce que la flamme de la bougie, calme et douce il y a quelques instants, s’élève désormais haut dans le ciel et scintille de mille feux. Paralysé et effrayé, je ne peux qu’assister à ce phénomène incroyable.

Quelques minutes s’écoulent ainsi. Dans cette position inconfortable, des gouttes de sueurs perlent à mon visage et mes reins me font mal.
Alors que je songe à un moyen de me dégager de cette étreinte invisible et puissante, l’épée s’agite devant moi, s’élève et se tient droite dans les airs, juste devant mon visage…
La flamme, haute dans le ciel, donne à la lame une couleur sanguine, meurtrière.
Dans le miroir de l’épée, je vois mon visage effrayé.

J’entends comme un claquement de fouet et l’épée tombe, comme au ralenti, en direction de ma nuque sans défense. Je ferme les yeux quand je sens le givre caresser ma peau…
Même la paralysie ne peu m’empêcher de trembler de peur alors que cette épée hostile s’amuse à me caresser le cou, attendant peut-être le moment le plus pervers pour s’abattre à jamais.

Les caresses s’arrêtent, la flamme diminue. Tandis que la lueur orangée s’estompe alors, une forme apparaît, flottant dans l’air. Une femme nimbée de flammes. Elle se pose à terre et tout autour, la terre hurle de douleur, le peu de verdure qui reste est calciné. Un immense cercle de terre brûlée se dessine petit à petit autour d’elle. L’épée quant à elle, vient se placer à ses cotés, dans les airs. Et alors que cette Dame des Flammes touche le tranchant de la lame avec affection, une nouvelle forme apparaît subitement, comme venue de nul part. Rapide, brusque, bestiale. Elle tient l’épée : je sais désormais qui tenait cette lame fantôme.
L’aura qui se dégage de celle-ci est étrangement féminine. Même l’immense armure noire qui empêche de distinguer ses formes, ne peut masquer le fait que la personne en dessous de cette carapace est une femme. C’est alors, qu’une terrible vision fait jour devant mes yeux ébahis. Juste derrière cette nouvelle invitée, une armée de formes translucides fait place aux rues désertiques de Gathol… Une masse d’hommes et de femmes translucides, une vision spectrale qui revient encore me hanter durant certaines de mes nuits.

La Dame de Flamme, nimbée de la pureté du feu, fait quelques pas dans ma direction, petite forme à demi agenouillée.
A chacun de ses pas, un morceau de terre brûle, une panache de fumerolle monte vers le ciel.
Je sens maintenant la chaleur de son corps, alors que de son doigt incandescent, elle caresse mon front. Je ne peux ni parler, ni bouger, juste voir et subir.

Elle murmure à mon oreille.

« Soit honoré de la présence de Fulrullia, déesse du Feu et des Intempéries. Je te présente aussi ma compagne qui va de paire avec moi : Narthe, la tristement célèbre déesse de la Guerre…. »

Sa voix est un souffle enchanteur, une once de perversité enrobe les variations ardentes du timbre de sa voix. Des frissons de terreur et de plaisir dardent mon corps amorphe et inutile.

« Permet moi de parler pour ma chère Narthe, elle n’aime pas trop parler. Bon, écoute moi maintenant… »

Elle plaque sa bouche de feu sur mon oreille. Un plaisir malsain…son souffle léger et sournois caresse ma peau. Il m’est difficile de ne pas défaillir…

« La guerre et les flammes, mon enfant. Voila ce que nous représentons. Nous travaillons depuis des millénaires main dans la main, Narthe et moi. Vous maudissez nos noms car nous n’apportons que malheur et désolation. Seuls les démons et toutes les formes de vie vivant dans les ténèbres nous apprécient. Cependant, nous ne sommes que vos souffres douleurs…
Narthe n’est que l’image de la Guerre et moi celle des flammes. C’est vous-même qui invoquez ma chère compagne afin qu’elle apporte son lot de mort. Narthe n’est qu’un nom qui vous fait frémir de peur car vous savez ce qu’il recèle : votre lâcheté. Vous faites des guerres, vous tuez des hommes, des femmes, des enfants…et afin de masquer vos péchés immondes, vous mettez cela sur le compte de Narthe, déesse de la guerre qui fait de ce monde un champ de bataille et qui n’aspire qu’à la mort. »

Elle reprend son souffle.

« Et moi dans tout ça ? Je ne suis que flamme et lumière malsaine. Lorsque le vent de destruction se lève, j’attise le feu, je purifie la terre. Ainsi, ne reste sur terre que des lambeaux calcinés, des restes d’un passé. Vous vous servez de moi pour que je nettoie vos saletés de la manière la plus pure et la plus propre qui soit. Vous exploitez mon nom afin de cacher à l’intérieur de celui-ci vos actes abjects…
Pour en venir à ton histoire, mon fils…sache que rien n’est de ta faute et que ce n’est pas de la nôtre également. La guerre à l’origine de la destruction de Gathol a causé la mort de ta bien aimée alors que celle-ci n’habitait même pas dans cette même ville…
Crois-tu réellement que tu dois t’en vouloir pour… »

Alors que Narthe, les bras croisés, attendait patiemment, elle prit la parole subitement.
Sa voix était rugueuse comme la pierre, froide comme les armes, tranchante comme une hache…

« Cette guerre, tu ne l’as pas voulu, je ne vois donc pas pourquoi tu te force à pleurer sur le passé. Tu as subi l’ambition des plus forts que toi, tu es une victime de la guerre, pas un de ses acteurs. Tu n’as donc rien à te reprocher. Celle que tu aimais à souffert de la guerre en perdant sa vie, toi, tu souffres de son absence. Cette triste époque vous a pris à chacun une part essentiel de vos êtres, vous arrachant l’un à l’autre. Vous évoluez seuls. Elle dans l’autre monde, toi dans celui-ci. Pourtant, je sens qu’elle ne s’apitoie pas comme tu le fais.
Elle sait fort bien que tu n’y es pour rien et qu’un jour, tu la rejoindras pour l’aimer encore et toujours…Contrairement à toi, elle a compris la fatalité de la vie. »

Fulrullia reprend alors la parole.

« Mais peut-être aimes-tu te sentir coupable car cette culpabilité est la seule chose qui te rattache encore à elle. Pense-y, mon fils. »

Sur cette dernière phrase semblable à un coup de poignard, elles disparaissent. Me laissant en bouche, un goût de honte.
Après tant d’années, j’arrive enfin à pleurer. Non pas à cause de toi mais bien à cause de moi. J’ai enfin compris, je me suis enfin avoué que je me rattachais à toi grâce à ma fausse culpabilité, le sentiment d’être responsable de ta mort, pour ne jamais t’oublier et me savoir encore, d’une certaine manière, proche de toi.

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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:25

Déesse immaculée.

La nostalgie me reprend alors que je me promène le long des sentiers au bout desquels se trouve la fin. Mais la fin de quoi ? Je ne sais pas encore.

La forêt, prolongement de Gathol, a perdu son charme d’antan. Les arbres semblent périr, en proie à une souffrance invisible et pourtant bien réelle. Mon cœur se fend à chaque pas comme l’écorce de ces arbres mourants et les fleurs qui se fanent…
Autrefois peuplée de toutes sortes de vies animales, la forêt s’épanouissait et respirait.
Mais aujourd’hui, les vastes branches des arbres semblent étouffer la vie et non plus la préserver. Un silence de mort plane autour de moi, pareil à une nappe de brume invisible isolant tout. Tu as fait ton temps…
Tes charmes se sont envolés et n’ont laissé ici que les restes putréfiés d’une époque lointaine et heureuse.

Pourtant, au fur et à mesure de mon avancée vers le Nord, la vie semble reprendre son souffle et n’apparaît que plus éclatante. Ici un bosquet, là une jeune pousse, une fleur solitaire, un jeune arbre plein de force… Peut-être reste-t-il encore un espoir.
Il y a, juste à coté du sentier, un autre chemin à demi effacé, inutilisé depuis des temps immémoriaux. Je sens que c’est là que je dois aller…

Ho, surprise ! Je débouche dans une vaste clairière. Serait-ce encore un clin d’œil à nos anciennes rencontres ? Les dieux aiment jouer sur les sentiments…alors peut-être bien que oui.
Je suis alors hébété devant un spectacle que je n’avais plus vu depuis fort longtemps…
Un sentiment s’assimilant drôlement à de la joie, du bonheur ou bien de l’émerveillement envahit mon corps tout entier.

Partout, elle est partout. Les lapins gambadent gaiement dans l’herbe rase, les oiseaux volent dans le ciel, de drôles de lucioles multicolores flottent dans les airs, les plantes sont verdoyantes, les arbres rayonnants de santé….Oui, la vie est partout en ce lieu.
Semblable à un dernier bastion de résistance, cette oasis de vie m’ouvre ses portes pour me faire goûter les joies de la vie ou tout au plus, ce qu’il en reste.
Une de ces étranges lucioles vient se poser sur un rocher et me donne la joie de contempler un être que je n’avais encore jamais vu : une fée.
Ces petites choses lumineuses ne sont en fait que des êtres vivants pour le moins insolites. Cette dernière, posée sur ce petit rocher me regarde avec des yeux ronds, moi l’être tout de noir vêtu, contrastant avec les couleurs et la joie qu’il y a en ce lieu.
Comme répondant à un appelle inaudible, les autres fées viennent se poser autour de moi, murmurant des choses incompréhensibles. Je suis désormais au centre d’un cercle coloré, complètement fermé autour de la noirceur de mon être. Chacune d’entre elle a une couleur particulière, parfois bleue, parfois rouge, d’autres sont jaunes ou encore vertes…
Je ne connais pas la raison de ces couleurs différentes et ne veux toujours pas le savoir, je me contenterai de garder ce souvenir fabuleux dans mon esprit sans penser à ces choses futiles que les chercheurs et autres professeurs s’entêtent à essayer de découvrir pour mieux retirer au monde toute sa magie.

L’une d’entre elle, esquisse un geste vers moi, rompant de ce fait le cercle parfait qu’elles formaient.
Elle semble vouloir monter sur moi et de ce fait, je lui tends ma main, tremblant devant l’inconnu de cette demande. Elle grimpe alors et je la mets à hauteur de mes yeux, afin de pouvoir mieux l’observer. Sur ma main, une impression de chaleur, de douceur, de ravissement, alors que ses pieds si légers effleurent mon corps fatigué. Cette chaleur s’étend et me procure un bienfait divin car elle ne réchauffe pas seulement mon corps mais aussi les morceaux dispersés de mon âme. Ce faisant, mon regard croise le sien. Une immense lame de fond semble alors me projeter vers des lieux que je ne connais pas, me faisant découvrir des vallées, des rivières, des océans, des animaux…toutes ces choses qui font le monde que nous connaissons.
Je tombe à genoux, la main toujours tendue pour que la fée ne tombe pas…Elle, elle me regarde toujours, souriante et sereine. Elle sait très bien qu’elle m’a montré la beauté de la vie, me faisant voyager sur des distances inimaginables sans pour autant bouger d’un pas.
Elle était dorée, je le remarque seulement maintenant…c’est la seule qui émet cette lueur.
Serait-ce une marque dans leur hiérarchie ? Ferais-je face à une sorte de reine ou je ne sais quoi d’autre ?
Peut importe, à quoi bon le savoir ? Seul compte l’instant présent.

Elle me lance un dernier sourire et d’une certaine manière, me demande de la suivre.
Elle s’en va, voletant vers un endroit particulier…
Mystère. Elle se pose sur une fleur étrange, d’un blanc immaculé. Je n’en ai jamais revu de la sorte. Et alors que la fée d’or se place sur cette fleur d’une pureté inégalée, une vive lueur m’aveugle. Ca ne fait pas vraiment mal aux yeux, ça les oblige juste à les fermer quelques instants. Ce n’est pas une lumière agressive mais plutôt une lueur protectrice cachant un terrible secret interdit aux mortels…

Peu à peu, la luminescence s’estompe, remplacée par un furtif rayon de soleil éclairant un tableau sortant du commun. Là, sur son trône de bois, simple et beau à la fois, à la place de la fée et de sa fleur est assise une femme dont la beauté donnerai des nausées à la plus belle des femmes de ce monde, y compris ma douce aimée… Les vagues de douceur qu’elle dégage ne laissent aucun doute sur son origine divine. Je ne suis plus qu’un enfant à genoux devant la plus magnifiques des femmes de ce monde, dorloté et attendris par des doigts invisibles.
Contrairement à toutes celles que j’ai vu tout au long de mon voyage, elle ne ressemble à aucune des autres apparitions divines. Elle ne se cache pas derrière des volutes de fumées ou d’autres maques. Elle est fière et n’a pas peur de montrer ce qu’elle est. On sent dans ses yeux incolores, la volonté de vouloir faire du bien autour de soi, le fait de vouloir se mettre au niveau des mortels afin de mieux les guérir de leurs maux.

Elle se lève et comme pour la protéger -ou bien simplement pour le plaisir d’être à côté d’elle- les plantes se rétractent, les animaux se font plus compact autour de sa divine présence, les arbres se resserrent autour de la clairière, le soleil semble se rapprocher un peu plus de la terre…
Elle est toute proche de moi et je peux dors et déjà sentir, respirer, humer, apprécier, son parfum magique. Un subtil mélange de tout et de rien. A peine détectable dans l’air, un léger arôme de plaisir, embaumant l’air. Les fées semblent valser dans les airs, autour d’elle, accompagnées par la danse des oiseaux et l’ondulation de l’herbe à ses pieds nus.
Elle aussi, comme la fée de tout à l’heure, me regarde avec ce drôle de sourire au coin des lèvres. Un mélange d’amour et de compassion. J’en suis bouleversé, tétanisé de plaisir et d’extase, surtout lorsque, toujours avec ce sourire bienfaisant, elle s’adresse à moi.

« On m’appelle Danava, déesse du soleil et de la nature. Je représente l’harmonie, la beauté, l’amour en ce monde mais se sont des biens grands mots ne trouves-tu pas ? »

La gorge serrée, je ne peux qu’acquiescer stupidement.
Posant son doigt sur sa joue dans une mimique de réflexion, elle continue…

« Alors que suis-je censé t’apprendre ? Hummm… »

Son souffle est un régal pour les oreilles, je ne serai pas étonné de me voir baver d’émerveillement devant sa svelte silhouette vêtue d’une robe hésitant entre les nuances vertes et blanches.
Elle lève alors son doigt vers le ciel, radieuse, éclairant la journée de son sourire triomphant.

« Voila ! Je me souviens ! Ho, je vais encore te parler de ta triste histoire et de celle de celle que tu aimais et aimes encore…
Vois-tu, la mort fait souvent, bien trop souvent, souffrir les Hommes. Je ne comprends pourtant pas pourquoi…
Regarde autour de toi, la mort n’est qu’une des destinations de la vie. A chaque fleur qui meurt, des dizaines d’autres voient le jour, à chaque animal qui vient à périr, la terre en est ensemencée afin de perpétuer une chaîne sans fin… C’est sans doute mal exprimé mon fils mais comment pourrais-je t’expliquer quelque chose d’aussi vaste que la vie en quelques mots ? Tu la pleures encore et toujours, je le sais mais tu dois t’obstiner à comprendre que la mort n’est pas une fin mais un chemin qu’il faut emprunter afin que tout puisse continuer et éviter de stagner pour ensuite pourrir. Et dis toi bien que même si tout s’écroule autour de toi, il en reste toujours un substitut quelque part.
Cette clairière solitaire en est la preuve car malgré le fait que la forêt se meurt, elle reste et restera inébranlable car je veille sur elle et sur ceux qui l’habitent…
Alors dis toi bien que quelque part, dans un lieu matériel ou bien ton cœur ou ton âme ou je e sais où, il reste encore une part d’elle et que quelqu’un veillera toujours dessus. »

Elle s’approche et s’accroupit devant moi, rendant sa présence encore plus puissante. Elle s’avance vers mon visage et pose un baiser délicat sur mon front. Impossible à décrire, je vous laisserai imaginer ce que vous voulez…

« Moi, je veillerai sur toi et son souvenir mon fils, je te le promets. »

Un rire musical achève cette phrase et la lumière revient mais se rétracte vers l’intérieur. Evidement, Danava et la fée ne sont plus là maintenant.

Je me sens vidé de toutes les sombres pensées qui me hantaient car je commence à comprendre. Je commence à comprendre seulement maintenant que j’ai été stupide…
Les dieux savent comment soigner un cœur mais encore faut-il suivre leurs soins jusqu’au bout. C’est pour cela que je vais vers le Nord avec le fol espoir d’être de nouveau moi-même.


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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:26

La musique du cœur.

Murmures inaudibles. Un brouhaha infernal de paroles assourdies par la nature.
Après tant d’années dont j’ai perdu le compte, je reviens à la vie.
Le monde m’ouvre de nouveau ses portes ou plutôt j’ai rouvert les miennes…
Chaque pas, chaque souffle me font renaître.

Et c’est le sourire aux lèvres que je pose finalement le pied dans ce petit village au nom de miel : Sarosa.
Mon corps est sous l’emprise d’une vibration nouvelle. Je pose ma main sur ma poitrine, là où dit-on se trouve le cœur. Et il bat, il bat de toutes ses forces. Je sursaute quand une personne passe à côté de moi, quand une femme me frôle, quand j’entends d’autres personnes parler, quand je vois la vie et mille et une histoires tout autour de moi.

En plus d’avoir été aveugle, j’ai été stupide. J’ai renoncé à ce qu’il y a de plus beau dans le monde : les autres.
J’avoue, je ne voyais plus que toi. Tu étais la seule que j’écoutais, la seule que j’entendais, la seule que je voyais. Ca me fait mal de le dire mais au moins puis-je en trouver la force aujourd’hui : quand nous étions ensemble, j’ai fermé volontairement les yeux pour ne mieux penser qu’à toi. Je comprends maintenant que je vivais avec toi mais qu’en réalité je ne vivais plus vraiment. J’étais devenu une épave de l’amour, un rafiot pourrissant sur la mer du plaisir. Triste à dire mais c’est la réalité : mon cœur était avec toi mais n’était plus nulle part ailleurs.
J’avais délaissé ma vie pour vivre avec toi, fermé mes portes sur nos deux êtres afin d’être seuls. Comment me serais-je douté que je nous asphyxiais tout les deux lentement mais sûrement ? Pourtant, tu ne me l’as jamais dit, même si j’aurai pu le deviner si seulement le voile de l’amour n’avait pas recouvert mes yeux…
Tiens, pour te le prouver je me déchire le cœur en disant que je crois que finalement ta mort a peut-être été une libération pour toi et un apprentissage de mon côté. Comme j’ai honte…

Et Gathol ! Parlons-en ! Ma si belle citée, jamais tu ne seras un souvenir. Tu vivras toujours en moi mais là aussi j’ai été le plus stupide des êtres… Comment ai-je pu oublier qu’il y avait des histoires, des vies, des malheurs et des joies en dehors de ta belle enceinte ?
Tu étais pour moi la source de tout et il n’y avait pas d’autres ailleurs, pas d’autres manières de vivre que sous la protection de ta grandeur infinie.J’ai tellement perdu durant ces longues années...
Je suis une victime fautive en fin de compte. On dit que certains animaux naissent aveugles et acquièrent la vue peu après. Moi, je suis né aveugle et je le suis resté jusqu’à aujourd’hui.

Enfin, dans ce petit village plein de vie, j’ai retrouvé le sens de la mienne.

Deux enfants jouent sur la place, rigolent, s’amusent et rayonnent de joie, semblable à l’écho fugitif de deux petits frères qui ont jadis bu l’eau d’une source d’une grande place dans une ville ancienne et en ruine…
Je ne pleure plus, je rigole. Car la vie à un sens, la vie à un but et la mort n’est pas un mur mais un chaînon de ce cycle.
Quelqu’un a dit un jour : « cueillons les roses de la vie ». Moi, je ne les cueillerai pas : je les cultiverai pour pouvoir vivre dans le jardin de la vie. L’existence est courte pour toute les races de ce monde, peut-être, mais je ne prendrai pas peur, je n’arracherai pas ces roses pour ne rien laisser ici bas.
Quand je partirai, le jardin, lui, restera à jamais.

Mes oreilles me font mal. Je ne suis plus habitué à entendre les cris des marchands, les rires des enfants, les braillements des bébés et ceux des ivrognes.
Mon nez est assailli d’odeurs. L’odorat me revient. Je respirai la mort mais aujourd’hui je sens la vie qui m’entoure et j’en profite.
Mon estomac gargouille sous les brumes de nourritures flottant dans les airs. Je salive déjà en pensant aux mets que je mangerai bientôt. A croire que je ne me nourrissais plus que de tes cendres depuis ce jour où je t’ai perdue.

Une brise agréable enlace le monde de douceur et je suis heureux de pouvoir enfin me compter dedans. Ainsi, me voila dans une auberge à dévorer des tonnes de nourritures sous les regards sombres de certaines personnes. Victime des préjugés ? Sans doute mais qu’importe quand on aime vivre. Il n’y a jamais eu qu’un seul regard qui ait jamais compté pour moi et tu le sais très bien.

Je vais t’avouer quelque chose : je crois que je suis heureux.
C’est stupide, dit ainsi mais je t’assure que je n’ai pas d’autres mots, mon amour.
Mais ne t’en fais pas car tu n’es jamais bien loin de mes pensées…

J’hausse un sourcil quand un homme petit et potelé s’assied à côté de moi.
Je continue à mâcher calmement tandis qu’il me regarde. Moi aussi je l’observe.
Son visage large et rouge exprime la joie la plus enfantine et ce sentiment n’est que renforcé par un sourire si grand qu’il s’étend jusqu’aux extrémités de ses oreilles.
Il sent une drôle d’odeur. Un mélange d’alcool, de parfum exotique et sucré et encore d’autres subtilités que je ne préfère pas savoir. Je ne parle toujours pas parce que je sais que je ne dois pas parler : je commence à être habitué à les reconnaître.
Il sort lentement de sa poche une petite flûte en bois et commence à en jouer, toujours avec ce sourire.
Dans l’auberge plus personne ne parle. Sans doute écoutent-ils le filet de son et de magie qui s’écoule lentement de l’instrument…
Je ferme les yeux afin de mieux profiter de ce don, de ce cadeau que l’on m’offre. Une musique douce qui reflète la joie sous des notes de tristesse. Elle me fait penser à moi, c’est étrange. Je me laisse emporter par la beauté, par l’art. Enivré par le doux gilet de soie qui semble recouvrir mon corps, me réchauffer, me procurer toute la joie que j’avais volontairement éloignée de ma vie. Mon histoire défile devant mes yeux, j’aperçois mes erreurs, les choses que j’ai oubliées, que j’ai manquées, que j’ai perdue. Ca ne fait plus mal : le passé est le passé.

Plus un bruit. Le musicien de génie a stoppé son œuvre et par respect, personne ne prononce une parole, de peur de briser l’enchantement. Pourtant, petit à petit les conversations reprennent et plus personne ne fais attention à nous. L’étrange elfe noir qui a bien changé depuis toute cette histoire et le petit homme grassouillet, le génie de la musique que tout le monde a déjà oublié.
Nos yeux ne se décrochent plus. Nos paroles sont devenues inutiles.
A la fin de la soirée, je me souviens lui avoir juste dit :

« Merci, Brastos. »

Et il est partit emplir de joie et de musique notre bien pauvre monde. Petit être potelé – si telle est sa véritable apparence- parcourant les terres pour ensemencer les cœurs de joie.

Aucune parole si ce n’est un « au revoir ». Celle-ci sera sans doute la plus étrange de mes rencontres. Brastos avait ajouté un de ces soins si particuliers à mon cœur affolé par la redécouverte de tout ce qui fait un être vivant.
Rien que la musique pour communiquer, juste le chant inaudible d’un dieu à part et parfois injustement délaissé.
Une musique qui me ressemble, oui : qui me ressemble.

J’arrive enfin à parler de moi sans te mettre dans le même sac. J’ai réussi, mon amour, je viens de faire un grand pas. Je t’ai libéré de moi pour t’aimer encore plus et surtout de manière plus saine.
Les étoiles scintillent, le monde est endormi et n’attend que la venue d’un proche lendemain, tout comme moi.

Cette nuit là j’ai inspiré l’air frais sur la place de Sarosa et j’ai pleuré de joie.
Parce que j’ai compris, parce que je tu n’es plus vraiment loin, parce que je fais parti du monde.


Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:27

Dernier voyage.


Un grand temple m’ouvre ses portes. Je ne sais pas ce que je fais ici, je me rappelle juste m’être assoupi pour me retrouver tremblant devant cette gigantesque bâtisse.
Obscur et effrayant. Je suis malade de peur car il s’en dégage une aura d’une incroyable intensité. Je marche presque sur la pointe des pieds alors que je viens à peine de passer le seuil. Les quatre piliers qui soutiennent la façade s’effacent dans les ténèbres envahissantes.
Il fait frais, il n’y a pas de bruit, il n’y a tout simplement rien. L’intérieur est vide et sombre. Je ne vois même pas à deux mètres. J’avance tout de même car je n’ai pas d’autres solutions que d’aller de l’avant. J’ai été trop loin, trop vite. Au fond du hall monte un escalier qui se perd tout là haut. Il longe les murs, grimpant en une spirale sans fin. Une autre ascension commence…
Combien de temps s’est alors écoulé ? Je n’ai pu que compter les gouttes de sueur qui perlaient sur mon menton et s’écrasaient en un bruit discret, répercuté par le silence majestueux de cet endroit. Mes jambes me font souffrir, le bas du dos en feu, la respiration haletante…

Enfin une raie de lumière. Une porte toute simple derrière laquelle se trouve une lueur puissante. J’ai l’impression d’être sur un palier flottant dans les airs. Rien ne semble le retenir…
Même cette porte semble surgir de nul part. La curiosité prend le dessus sur la peur et je tourne donc la poignée, lentement, lentement….

On me tire brutalement vers l’avant, comme si je venais d’être accroché par un filin invisible.
Derrière cette porte il n’y avait en réalité qu’un espace vide et blanc, lumineux.
Je tombe dans cet espace irréel mais pourtant, je n’ai pas peur. Aucune réaction, mon cœur ne s’emballe pas, ma respiration ne s’accélère pas. Cela doit être normal…
Le vent violent créée par la brusque chute me brûle tout de même les yeux et l’espace d’un instant ils se ferment…
Quand je les ouvre de nouveau, je suis dans une salle pour le moins étrange…

Ici, l’écho prodigieux d’un chant dédié à je ne sais qui se répercute dans l’immensité de la salle. Tout est de nouveau plongé dans une semi obscurité. Le seul point illuminé se trouve loin devant moi, semblable à la flamme d’une bougie. Accompagné par les chants de dévotions semblant ne jamais vouloir s’arrêter, je me dirige vers ce point lumineux. Oui, c’est ça, en effet. Je suis guidé par la lumière depuis toujours. Quel que fut mon état d’âme, la lumière bienfaisante de ceux qui m’ont aimé m’a toujours guidé. Telles sont les pensées qui traverse alors mon esprit, durant cette marche vers la source de cette lumière.
Au fur et à mesure de mon avancée, je suis étonné par la distance qui me séparait réellement de cette toute petite flamme. Cela doit faire des heures que je marche et sans cesse la lueur augmente de taille…jusqu’à ce que j’arrive enfin tout près pour me rendre enfin compte qu’il s’agit en réalité d’un grand brasier brûlant à côté d’une immense balance en or.

Je suis interloqué par la grandeur de cet objet. Il doit bien faire la taille de cinq hommes….
J’ai l’impression d’être un insecte. En y regardant avec plus d’attention, je remarque deux silhouettes sur les bras de la balance. Ce sont des formes indistinctes, floues. Impossible de dire qui elles sont.

« Tu te demandes où tu es, je suppose ? »

Mon cœur s’arrête et je fais un bond de côté, pris de panique par l’inconnue qui est apparue juste à mes côtés.
Cette voix féminine vient de rompre le silence pieux et sacré de l’endroit.
Elle est vêtue d’une robe étrange. D’un côté elle est blanche et de l’autre noir.
Les flammes du brasier dansent derrière elle, plongeant son visage dans les ombres de sa capuche rabattue.

« Qui…qui êtes-vous ? »

Elle écarte les bras d’un ample mouvement.

« Je suis Aariba, déesse de la Concorde. Je maintiens l’Equilibre. »

« Où sommes-nous ? »

« Au Centre de tout. »

« C'est-à-dire ? »

« Je n’ai pas de meilleure explication, mon fils. »

« Qu’êtes-vous censé m’apprendre ? Je vous écoute, pourvu que je sorte de cet abominable endroit… »

« Moi ? Je n’ai rien à t’apprendre. Les Autres t’ont déjà guéri de ta peine. Je veille sur cet endroit, c’est mon seul et unique but et ne peux m’en détacher, ne serait-ce que pour une seconde. »

Et il est vrai qu’elle ne lâchait pas des yeux l’étrange et gigantesque balance perdue au milieu de nul part, simplement éclairée par ce brasier immense…

« Pourquoi suis-je ici alors ? »

« Pour comprendre. »

Les immenses articulations de la balance poussent des gémissements. Un côté penche vers le sol mais retourne immédiatement à sa position de départ. C’est au tour de l’autre côté de pencher, tenter d’atteindre le sol mais…rien à faire : une force plus puissante le fait revenir à sa place. Ils sont maintenant de nouveau au même niveau. Les deux bras grincent, semblant se disputer comme des chiens qui grogneraient. Interloqué je demande :

« Que se passe-t-il ? »

« Ils se disputent encore. »

« Qui ça ? »

« Donblas et Démonio. Les deux enfants qui ont grandi trop vite. Tu peux les apercevoir là haut, chacun de leur côté de la Balance. L’un cherche à renverser l’autre et inversement…
Par leurs pouvoirs mais surtout par ce qu’il se passe sur Vespérae, ils tentent désespérément de se déstabiliser. Une guerre d’influence. Voila ce qu’est votre monde. Mais je les empêche de gagner. Si jamais un des côtés venait à vaincre…je ne préférerai même pas savoir ce qu’il se passerait. C’est pour prévenir cet Incident que je suis là. Condamnée à surveiller cette guerre probablement sans fin et à en garder l’équilibre. La nounou des dieux en quelque sorte… »

Elle rigole amèrement, la lueur souligne les formes de son visage que je vois désormais un peu mieux. Elle ressemble à une femme mûre et surtout, une femme fatiguée. Les rides, bien qu’en petit nombre, apparaissent quand elle sourit. Cela me fend le cœur car même pour une déesse, la vie est injuste.

« Ne verrais-je pas Démonio et Donblas ? »

« Ho non, mon fils, ils sont bien trop occupé là haut ! Laisse les donc se chamailler en paix. Profitez de votre vie sans penser blanc ou noir, mal ou bien. C’est une notion absurde, inutile.
Il n’y a ni bien, ni mal : juste des puissances en lutte pour la domination. Vis ta vie de mortel et si jamais tu as la sensation d’avoir bien agi durant celle-ci, lorsque tu viendras à mourir, sache que tu auras mené une vie honnête. Halala…sans le vouloir je viens de te sermonner.
Adieu, mon fils. »

« Mais attendez ! Je ne sais pas où… »

Plus rien, seulement cette sensation vertigineuse de tomber sans arrêt.
J’avais mortellement envie de voir à quoi ressemblaient ces deux dieux au centre de tout mais je n’en aurai probablement plus jamais l’occasion. Peut-être ne ressemblent-t-ils à rien après tout. Ce ne sont que des forces informes auxquelles nous avons données des noms afin que nos guerres aient un but, une raison. Nos plus gros mensonges peuvent alors contenir nos plus grandes erreurs…

Mon front heurte un plancher. Des étoiles scintillent devant moi, encore sous le choc.
Je roule sur moi-même pour me mettre sur le dos et rouvrir les yeux. J’admire le spectacle.
Le ciel étoilé scintille de mille feux et un étrange ballottement me berce de gauche à droite, de droite à gauche. Il flotte dans l’air une odeur salée.
Je me relève, la tête douloureuse. Un bateau, je suis sur un bateau gigantesque, au beau milieu d’une mer calme et sans nom. Un homme est aux commandes du navire. Svelte et d’allure robuste, habillé comme de ces capitaines de bateaux que l’on décrit aux enfants dans les contes de fées. Il semble être seul ici. Comment peut-on diriger seul un bateau de cette taille? Les voilent flottent doucement, la brise donne juste assez de puissance pour donner au navire une vitesse appréciable. Je m’approche de l’homme afin de lui demander où je me trouve mais voila que, sans même tourner la tête vers moi, toujours concentré sur sa boussole et un point distant à l’horizon, il me dit ceci :

« Appelle moi Zandaros, dieu des Eaux. Je n’ai rien à t’apprendre, rien à te dire. Je t’emmène là où il faut, c’est tout. »

A peine eut-il fini cette phrase qu’un tourbillon apparaît devant nous. Je reste pétrifié de terreur mais Zandaros, lui, ne semble pas le moins du monde impressionné.

« Accroche toi, petit. »

Le temps se suspend durant quelques secondes, juste avant que le navire ne plonge dans ce trou des enfers marins…
Il tourne et tourne encore. J’en ai mal au cœur mais je me maintiens de mon mieux à la coque. Je m’accroche désepérement tandis que la bouche béante du tourbillon se rapproche. Le bruit est insoutenable, on dirait un monstre qui hurle. Le tourbillon a faim…

« Fin du voyage, Il prendra le relais. Au revoir, mon fils. »

Plongeon dans les profondeurs de l’océan.
Encore une chute, encore l’obscurité. J’ai l’impression, depuis le début de cette aventure, de descendre au cœur même de la Terre…
Ma chute est amortie par un sol étrangement doux. Mes mains s’enfoncent dans une matière soyeuse, granuleuse, chaude…
Je retire les quelques grains de sable qui me bouchent la vue pour me rendre compte que je suis bien entendu sur une plage déserte. Péniblement, je me relève encore une fois.
Je suis encore hébété par toute cette étrange histoire qui m’arrive en une nuit.
Que s’est-il passé ? Mon dernier souvenir remonte à la chambre de Sarosa, alors que je m’assoupissais…

Mais je n’ai déjà plus le temps de réfléchir à tout ça. Sur une jetée s’avançant dans la mer, se trouve une barque. Sur cette barque, un vieillard. Son visage est recouvert de rides.
Toujours curieux de nature, je m’approche et demande :

« Vous êtes ? »

Il me répond par un sourire édenté mais c’est d’une voix étrangement jeune, grave et calme qu’il me répond :

« Je suis Vanilius. »

Saath.
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MessageSujet: Re: Les Ecrits d'une vie.   Ven 19 Mai 2006 - 20:28

Elle.

Tout semble s’engloutir dans la brume. Cela fait des heures que nous voyageons sur cette vieille barque inconfortable, au milieu d’une mer calme et inconnue.
Le temps semble figé sur place, plus rien ne bouge, tout stagne.

Vanilius garde le silence depuis le départ, se contentant de rester debout, à regarder fixement droit devant nous. Sans doute n’est-il pas habitué à parler aux vivants. Peut-être que les morts ne parlent même plus après tout. La chose qui me surprend le plus est que la barque avance seule, nul besoin de rame, comme si un fil invisible la guiderait vers sa destination.
Ha mais qu’il est long ce dernier voyage au cœur de l’ennui…
J’espère voir d’autres choses d’ici peu mais je sens pourtant que mon enthousiasme risque fort d’être déçu. Je n’avais pas tort. Le temps passe, inlassable et d’une lenteur inhumaine, comme englué dans la même nappe de brouillard qui recouvre ce vaste espace ne semblant être comblé que par une mer infinie.

Ne pouvant faire autre chose, je me suis mis à penser à tout ce qui m’était arrivé depuis le départ de cette longue quête. Les apparitions avec les divinités de ce monde me reviennent en mémoire, leur morale resurgit du tréfonds de mes souvenirs. Tout tourne, tout se mélange et tout disparaît…

Il fait nuit.
On me tire par le bras. Je fronce les sourcils et tente d’ouvrir mes yeux alourdis par le sommeil qui m’a vaincu je ne sais combien d’heures auparavant.
C’est Vanilius. Il me montre quelque chose du doigt : une sorte d’île, perdue au milieu de nul part. Je demande alors un complément d’informations :

« Quel est cet endroit ? »

« Un endroit parmi tant d’autres, mon fils… »

Je comprends alors qu’il est inutile d’essayer d’en tirer quoi que ce soit car les dieux aiment garder leurs secrets.

Avec un petit choc, la barque accoste sur une autre plage, semblable à celle que j’avais quittée. Moi, toujours assis dans mon coin, je ne sais que faire alors. Dois-je sortir, attendre, parler ? J’interroge Vanilius, d’un haussement de sourcil. Il se contente de me montrer de la tête une avancée rocheuse, haute au dessus de la mer. C’est là que tout s’achève. Plus de route au-delà de ce point…

La brume ne me permet que d’apercevoir les contours les plus gros et les plus nets, c’est pourquoi j’avance à tâtons, je préfère jouer la carte de la sécurité et regarder où je mets les pieds.
Sous l’opacité de ce voile, je découvre un paysage enchanteur. La plage sur laquelle je marche semble surgir de je ne sais quelle histoire, la forêt longeant la côté sur ma gauche ressemble à une de ces descriptions des grandes jungles de continents inexplorés…Mais pourtant, tout cela est superflu car pour moi, il n’y a plus qu’un seul endroit à rejoindre désormais.
Voila que la route monte en pente, j’escalade donc les derniers mètres de mon long parcours pour arriver là où la terre surplombe la mer, là où il n’y a plus rien après…
Le brouillard se resserre autour de moi, mon cœur s’emballe, mes jambes deviennent flageolantes à mesure que la route s’achève.

Essoufflé, me voila au sommet, face à l’océan, … mais plus rien n’a d’importance.
Même dans l’opaque brume de ce monde, j’ai déjà reconnu ta silhouette.
Ma gorge se serre, je ne tremble plus : je vibre.
Je ne peux le croire mais pourtant, tu es bel et bien là, pâle silhouette vêtue de cette même robe verte. Tu es telle que je t’ai connue, j’en ai l’estomac renversé, le monde s’écroule autour de moi, le vertige s’empare de mon être…
Tu me tournes le dos, tes cheveux flottent, bercés par une brise délicate…puis quand tu retournes, malgré le brouillard qui nous entoure, j’aperçois ton visage, ton sourire, tes lèvres, tes yeux, ta peau et tes larmes à toi…
Car oui, tu pleures, toi aussi, le temps durant lequel nous avons été séparés, arrachés l’un à l’autre… Que j’ai été idiot de croire que tu aurais pu m’oublier, ne plus m’aimer !
J’avance vers toi, croyant ne rencontrer que le vide de ta substance…
Mais non ! Ho par tous les dieux, tu n’es pas qu’un vent éphémère ou une âme sans corps !
Comme je tremble, comme je pleure, comme je te serre dans mes bras amaigris, sur mon corps affaiblis, sur mes larmes amères…
Tu n’es pas un fantôme ou un souvenir car je sens ton corps chaud contre le mien, je sens ton souffle et tes larmes sur mon cou, tes bras autour de moi, ton rire teinté d’amertume qui résonne dans le silence, là haut, sur ce grand rocher où tout se termine.
Nous n’avons pas encore parlé, bien trop émus comme nous sommes, nous laissons nos corps se parler avant. Je réapprends à te connaître même si je ne t’ai jamais vraiment oublié. Je laisse les effluves de ton parfum et de ton corps adoucir mon âme, je laisse ces senteurs embaumer mon cœur de ta présence.
Puis, après quelques instants, je n’en peux plus d’attendre. Je saisis ton visage, nos regards se croisent et nos lèvres se touchent de nouveau. C’est en t’embrassant que je t’ai laissée et c’est en t’embrassant encore une fois, que je te récupère.
Je ne sais plus quoi penser, je ne pense plus, je sens, je ressens, je goûte le paradis sur tes lèvres, enivré par tes caresses, je te serre encore plus fort car cela fait bien trop longtemps que je ne t’avais plus eu pour moi tout seul.

Maintenant que nous nous sommes enfin retrouvés, permet moi de parler au passé et non plus au présent, car je n’ai plus aucun fait à rendre vivant, car il n’y a qu’avec toi que cela l’est.

Main dans la main, nous nous sommes promenés le long de la plage, bavardant tranquillement, comme si rien ne s’était produit, comme si nos vies n’en avaient jamais été affectées. Rien que deux amants, deux amours sur le sable fin.
J’ai passé alors la plus belle de mes nuits à revivre ce que nous avions vécu, à refaire ces mêmes gestes quotidiens qui nous procuraient tant de plaisirs, tant de joies si simples et si profondes à la fois.

Malheureusement, et je le savais, je ne pouvais rester indéfiniment en cet endroit qui n’était pas vraiment le paradis, pas vraiment l’enfer, pas vraiment un monde.
Il était temps pour moi de rentrer. Toutefois, je n’étais alors pas triste comme je l’aurai été si les dieux ne s’étaient pas occupés de mon cas. J’avais appris à comprendre que les gens et les choses que l’on aime pouvaient nous rendre fort si l’on savait les apprécier quand il le fallait.
J’avais compris que rien ne durait jamais vraiment, mais que rien ne finissait jamais complètement non plus.
C’est pour ça que je me suis rassis aux côtés de Vanilius, le cœur serein et le sourire aux lèvres. Je voulais que ce soit ainsi que tu me voies partir : heureux.
Toi aussi tu as souris, tu as repoussés tes cheveux derrières tes oreilles, croisés tes bras sur ta poitrine et on ne s’est plus quitté de yeux tandis que la barque faisait lentement marche arrière.
Mais alors que le brouillard te ravissait à mes yeux, une pensée me vint à l’esprit : j’avais oublié de te dire l’essentiel !
Je me suis redressé, j’ai hurlé un « Je t’aime » et j’ai été le plus heureux des hommes lorsque en écho, ta voix me répondit la même chose.

Apaisé et comblé, je me suis rassis, la tête pleine de nos souvenirs tandis que Vanilius me raccompagnait chez moi.


Ha…que vois-je ? Il se fait tard. La dernière bougie se consume et je serrai bientôt plongé dans l’obscurité de la bibliothèque. Mais ce n’est plus très grave car je n’en ai plus pour très longtemps. J’écris ici les dernières lignes. Juste pour te faire savoir que j’ai tenu ma promesse, que je t’ai rendue immortelle au travers de ces lignes informes. Toutefois, seul ton nom n’a jamais été prononcé tout au long de cette histoire. Tu devras cependant me pardonner de ne jamais le dévoiler car ton nom est la seule chose qui me rattache encore à toi, c’est notre seul petit secret qu’aucune histoire ne révèlera jamais afin que ce même secret nous lie pour l’éternité.

Maintenant, ce que je vais faire c’est fermer tout doucement ce livre désormais achevé, le placer avec affection entre des milliers d’autres histoires, afin que tu ne sois jamais seule, éteindre la dernière et vaillante bougie du soir et enfin aller me coucher.
Attends moi, je courre te rejoindre dans le silence de mes rêves.


Saath.
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